Les accusations choc d’un ex-responsable du renseignement contre Ferdinand Ngoh Ngoh secouent Yaoundé.

Déserteur et visé par un mandat d’arrêt, l’ancien chef du bureau de renseignement de l’état-major de Paul Biya est sorti de son exil européen pour livrer des déclarations explosives. Sa cible principale : Ferdinand Ngoh Ngoh, le tout-puissant secrétaire général de la présidence.

Yaoundé sous le choc. Le capitaine Kenneth Romuald Effoudou Awussi, 36 ans, ancien chef du bureau de renseignement de l’état-major particulier du président camerounais, a brisé trois ans de silence le 24 juillet 2026. Depuis son refuge en Europe, où il s’est exilé après avoir déserté les forces de défense, il accuse nommément le ministre d’État Ferdinand Ngoh Ngoh, numéro deux du régime, de manœuvres visant à déstabiliser l’État.

Un officier au parcours fulgurant devenu déserteur

Diplômé de l’École militaire interarmes (Emia) en 2017, ce fils de colonel de gendarmerie avait été propulsé à seulement 29 ans à la tête du stratégique bureau de renseignement de l’état-major présidentiel – un record de précocité. Mais sa carrière bascule en 2023 lorsqu’il est accusé d’avoir réclamé 50 millions de francs CFA au jet-setteur Patrice Tchoumamo (dit Pat Diamant) pour le compte du contre-amiral Joseph Fouda, conseiller du président. Une plainte est déposée, et Effoudou est reversé à la gendarmerie.

Radié le 13 mars 2024 pour « désertion en temps de paix », il est toujours sous le coup d’un mandat d’arrêt émis le 10 mars 2024. Mais c’est aujourd’hui en tant que lanceur d’alerte qu’il s’exprime.

Un rapport sur un « coup d’État » à l’origine du conflit

Selon sa version, tout a commencé par une note confidentielle adressée à Paul Biya en 2023. Il y signalait la présence suspecte d’un certain Sani Mohamadou, ex-légionnaire français, en possession d’armes de guerre sophistiquées « qui ne sont pas en dotation dans l’armée camerounaise ». L’individu, muni de faux documents du ministère de l’Administration territoriale, aurait été arrêté puis libéré sur intervention de Ferdinand Ngoh Ngoh.

« En 2023 nous avons fait un rapport au président de la République de la présence aux encablures de la présidence d’un individu disposant d’armes de guerre de très bonnes qualités »,
a déclaré l’officier dans l’émission Masterclass de Morgan Palmer.

Effoudou affirme que Ngoh Ngoh aurait également manœuvré pour obtenir la libération du suspect.

Un réquisitoire en règle contre le numéro deux du régime

Dans son interview de 27 minutes, l’ancien responsable du renseignement dresse un tableau accablant :

· « Président de la République de fait » : Ngoh Ngoh bénéficierait d’une délégation de signature et du très grand âge de Paul Biya pour exercer un contrôle exclusif sur l’appareil d’État.
· Mainmise sur les services secrets : il aurait « asphyxié » budgétairement la Direction générale des renseignements extérieurs (DGRE) depuis 2019 pour en prendre le contrôle.
· « Escadron de la mort » à la gendarmerie : il dépeint son ancien corps comme un « centre de torture » et un haut lieu de trafic.
· Sabotage de la paix : les initiatives de paix dans les régions anglophones auraient été systématiquement torpillées par le secrétaire général.
· Commanditaire présumé de l’assassinat de Martinez Zogo : il accuse Ngoh Ngoh d’être le cerveau du meurtre du journaliste, tué en janvier 2023.

« J’ai quitté le Cameroun pour sauver ma vie »,
a-t-il justifié, affirmant que sa vie était « mise en péril par Ferdinand Ngoh Ngoh ».

Réactions contrastées et silence des accusés

Les déclarations ont provoqué un séisme politique. Le colonel Didier Badjeck, ancien responsable de la communication de l’armée, évoque une possible manipulation : « Il est évident qu’il fait l’objet de manipulation de la part de certaines personnes ». La Chambre nationale des experts criminels y voit « une tentative malheureuse visant à obtenir l’asile politique ».

À l’opposé, plusieurs voix de l’opposition y voient le symbole d’une « dérive que connaît le pays avec son leadership actuel ».

Aucune des personnes mises en cause – Ferdinand Ngoh Ngoh, le contre-amiral Joseph Fouda, le ministre Paul Atanga Nji – n’a publiquement réagi à ce stade. L’avocate de la famille Zogo a toutefois opposé le droit à l’émotion, rappelant que ces accusations « ne constituent pas des preuves juridiques, mais de simples allégations ».

Un timing qui interroge

Ces révélations surviennent alors que le président Paul Biya, 93 ans, est absent des radars officiels depuis 51 jours. Dans un système hypercentralisé, « le vide au sommet libère les langues et accélère les positionnements ». L’ancien officier promet d’ailleurs de nouvelles révélations dans les prochains jours, notamment le nom du commanditaire du meurtre de Martinez Zogo.

Affaire à suivre.

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