Affaire du Capitaine Effoudou Kenneth : entre accusations explosives et zone d’ombre.

Depuis plusieurs jours, les réseaux sociaux sont agités par les déclarations de l’ancien chef du bureau des renseignements de l’État-major particulier de la présidence camerounaise. Le capitaine Effoudou Awussi Kenneth Romuald, en exil depuis plus de trois ans, accuse le puissant secrétaire général de la présidence, Ferdinand Ngoh Ngoh, d’avoir orchestré sa chute et d’avoir protégé un ancien légionnaire français soupçonné de préparer un coup d’État. Des accusations d’une rare gravité, mais qui, à ce jour, ne reposent sur aucun élément officiellement établi.

Un officier en exil brise le silence

Porté disparu depuis 2023 et recherché pour « désertion en temps de paix », le capitaine Effoudou a refait surface dans un entretien accordé au journaliste Morgan Palmer. Dans une vidéo de 27 minutes intitulée « L’enfer du paradis de Paul Biya », il affirme avoir quitté le Cameroun pour sauver sa vie, après avoir reçu des menaces directes.

Selon son récit, tout aurait débuté en 2023, lorsqu’il a transmis au chef de l’État un rapport confidentiel signalant la présence, à proximité de la résidence présidentielle, d’un individu suspect.

L’affaire Sani Mohamadou au cœur des accusations

L’homme en question est Sani Mohamadou, un ancien légionnaire français ayant effectué des missions en Irak et en Afghanistan. Le capitaine Effoudou affirme que cet individu disposait d’armes de guerre de très bonne qualité, non en dotation dans l’armée camerounaise, et se faisait passer pour un officier supérieur.

Il produit également un document qu’il présente comme une autorisation d’importation d’armes, signée par le ministre Paul Atanga Nji en septembre 2018, autorisant Sani Mohamadou à importer un fusil d’assaut LUVO AR15 et un pistolet GLOCK 19 depuis Malte.

L’accusation la plus grave concerne l’intervention de Ferdinand Ngoh Ngoh : le capitaine soutient que le secrétaire général de la présidence serait intervenu « efficacement et vigoureusement pour la mise en liberté sans condition et sans délai » de l’individu après son arrestation.

Une tentative de coup d’État déjouée ?

L’ancien officier va plus loin en affirmant que Ferdinand Ngoh Ngoh aurait planifié un coup d’État en utilisant ce légionnaire français, qu’il assimile à un « Namayat Doumbouya ».

Cette thèse est toutefois accueillie avec une grande prudence par les observateurs. Le président Paul Biya bénéficie de l’un des dispositifs de sécurité les plus sophistiqués du continent africain, avec plusieurs cercles de protection incluant le Bataillon d’intervention rapide (BIR), les services de renseignement, la Garde présidentielle et l’État-major particulier.

L’histoire du Cameroun rappelle que la tentative de coup d’État du 6 avril 1984 avait mobilisé plusieurs centaines de militaires lourdement armés appartenant à différentes unités. Dans ce contexte, imaginer qu’un seul homme, fût-il un ancien légionnaire, puisse mener une opération contre le chef de l’État apparaît peu crédible.

Une guerre des clans au sommet de l’État ?

Au-delà des aspects sécuritaires, cette affaire s’inscrit dans un contexte de rivalités entre clans au sommet du pouvoir camerounais.

Le capitaine Effoudou vise nommément plusieurs hautes personnalités : le ministre d’État Ferdinand Ngoh Ngoh, le vice-amiral Joseph Fouda (conseiller spécial du président), ainsi que des officiers supérieurs de la gendarmerie. Il les accuse d’être impliqués dans des réseaux présumés de trafic de stupéfiants, de racket et de criminalité organisée.

Des réactions officielles encore limitées

À ce stade, aucune des personnes mises en cause n’a réagi publiquement aux déclarations du capitaine Effoudou. La Chambre nationale des experts criminels du Cameroun (CNECC) a en revanche annoncé l’ouverture d’investigations et menacé d’engager des poursuites contre l’ancien officier, révoqué par décret le 25 juin 2026 pour « inconduite habituelle ».

L’institution a exprimé sa « profonde consternation » face à des déclarations « d’une exceptionnelle gravité », soulignant que l’ancien officier n’a « produit publiquement le moindre élément de preuve ».

La prudence s’impose

Si les déclarations du capitaine Effoudou ont suscité un vif intérêt sur les réseaux sociaux, elles appellent à la plus grande prudence. Aucune confirmation officielle n’est venue étayer ces accusations. L’ancien officier, en exil et sans lien fonctionnel avec l’appareil d’État, a d’ailleurs annoncé de nouvelles révélations dans les prochains jours, notamment le nom du présumé commanditaire de l’assassinat du journaliste Martinez Zogo.

Dans l’attente des investigations ouvertes par la CNECC et d’éventuelles réactions officielles, cet épisode illustre les tensions accrues au sommet de l’État camerounais, alors que le président Paul Biya, âgé de 93 ans, est absent pour un séjour en Suisse.

L’affaire est suivie de près par la rédaction.

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