Le chiffre interpelle. Il marque les esprits. Alors que la Côte d’Ivoire, premier producteur mondial, fixe le prix d’achat bord champ à 1 200 FCFA le kilogramme pour sa campagne 2026/2027, le cacao camerounais flambe déjà au-dessus des 2 500 FCFA/kg.
Le 6 août, à Yaoundé, l’Office national du cacao et du café (ONCC) a lancé la nouvelle campagne. Les prix à Douala affichaient déjà entre 2 650 et 2 700 FCFA/kg. Trois semaines plus tard, la fourchette s’est envolée à 2 750 – 2 900 FCFA/kg. Autrement dit, le planteur camerounais évolue sur un marché où la rémunération est plus de deux fois supérieure au prix minimum garanti annoncé en Côte d’Ivoire.
Cette comparaison ne relève pas du simple effet d’affichage. Elle traduit une transformation profonde de la filière camerounaise.
Une inversion de tendance spectaculaire
Il y a quelques années, un tel écart aurait paru impossible. La Côte d’Ivoire régnait alors en maître absolu sur le cacao africain. Son système de commercialisation, structuré autour d’un prix garanti, faisait référence. Le Cameroun, lui, subissait pleinement les aléas du marché mondial.
Aujourd’hui, la donne a changé. Le prix payé au producteur camerounais n’est plus le fruit d’un tarif administratif unique. Il est largement dicté par les mécanismes du marché. Mais cette performance repose aussi sur des choix politiques délibérés. L’État a créé les conditions d’une meilleure valorisation de la fève.
C’est le message qu’a porté le Ministre du Commerce, Luc Magloire Mbarga Atangana, lors du lancement de la campagne 2026/2027. Selon lui, les « clignotants » sont au vert sur plusieurs fondamentaux.
Trois leviers publics pour un prix élevé
Premier levier : la transparence. L’ONCC et son Système d’information des filières assurent un suivi quotidien des prix. Les acteurs sont mieux informés. Le 31 août, l’Office publiait ainsi un prix d’achat à Douala compris entre 2 750 et 2 900 FCFA/kg.
Deuxième levier : la qualité. Le Cameroun a fait de l’amélioration de sa fève un axe stratégique. Traçabilité, conformité, origine : ces critères pèsent de plus en plus sur le marché international. Les producteurs camerounais peuvent désormais mieux défendre leur produit.
Troisième levier : la transformation locale. Le pays a renforcé ses capacités industrielles. Il ne se contente plus d’exporter des fèves brutes. Cette ambition s’inscrit dans la Stratégie nationale de développement 2020-2030. Résultat : la production trouve des débouchés auprès d’un tissu industriel local en pleine expansion.
À cette dynamique s’ajoute un atout géographique méconnu : le Nigeria voisin. Pour le Ministre du Commerce, la combinaison des capacités de transformation camerounaises et de celles disponibles près de la frontière nigériane offre aux planteurs des marchés de proximité. Ces débouchés absorbent une part importante de la récolte.
Le contraste saisissant avec la Côte d’Ivoire
Le 1er septembre 2026, le gouvernement ivoirien a ouvert sa campagne principale. Il a fixé le prix minimum garanti à 1 200 FCFA/kg pour un cacao bien fermenté, bien séché et bien trié. Une décision justifiée par la volatilité des cours internationaux et la nécessité de maintenir un niveau soutenable pour les finances publiques.
Le paradoxe est frappant. Le numéro un mondial propose 1 200 FCFA/kg. Le marché camerounais, lui, tourne autour de 2 700 à 2 900 FCFA/kg.
Longtemps, la bataille du cacao africain s’est jouée sur les volumes. Aujourd’hui, elle se déplace vers la valeur. Qualité, transformation, traçabilité, conformité : voilà les nouveaux terrains de compétition. Le Cameroun a su négocier ce virage pour offrir une meilleure rémunération à ses producteurs.
Il dispose encore de marges de progression importantes. Mais la tendance est désormais clairement engagée.