Une visite qui interpelle. Un symbole qui divise. Un défi qui persiste.
Une descente très politique
Brenda Biya a foulé le sol du marché Mokolo. La fille du chef de l’État camerounais s’est rendue dans l’un des plus grands pôles commerciaux de Yaoundé. Objectif affiché : soutenir l’opération « Yaoundé ville propre ».
Cette visite n’est pas anodine. Le marché Mokolo incarne les contradictions de la capitale. Des montagnes de déchets s’y accumulent régulièrement. Les trottoirs disparaissent sous les étals et les brouettes. La circulation y devient un cauchemar quotidien.
Pourtant, cette apparition de Brenda Biya soulève des questions. Que vient-elle réellement faire ? Son engagement pour l’assainissement est-il sincère ou purement communicationnel ?
Un marché sous tension
Le marché Mokolo, situé dans le 2e arrondissement, concentre toutes les difficultés urbaines de Yaoundé. Les vendeurs ambulants occupent les voies publiques. Les déchets s’entassent. Les embouteillages paralysent le quartier.
Depuis le 20 janvier 2025, la mairie a lancé une vaste opération de libération des emprises publiques. Quinze marchés et carrefours sont concernés. Mais la résistance s’organise. Les commerçants dénoncent des mesures brutales. Ils pointent du doigt l’absence d’alternatives crédibles.
Un vaste hangar a été aménagé pour recaser les vendeurs ambulants. Pourtant, beaucoup refusent de s’y installer. En cause : des loyers jugés trop élevés et des conditions d’exploitation précaires.
L’assainissement, un chantier titanesque
La propreté de Yaoundé reste un défi majeur. La ministre de l’Habitat et du Développement Urbain, Célestine Ketcha Courtès, a ordonné le traitement de 42 points d’insalubrité dans la capitale. Une opération d’enlèvement des ordures a permis d’éliminer 33 000 tonnes de déchets entre le 15 janvier et le 21 février 2025.
Des moyens financiers ont été débloqués. Une enveloppe de 1,5 milliard de FCFA est prévue pour 2025. Elle financera notamment la construction d’un refuge au marché Mokolo. Hysacam et Thychlof se partagent la collecte des ordures. Mais les résultats peinent à suivre.
Une gestion des déchets sous haute surveillance
La Communauté urbaine de Yaoundé a confié la supervision de la gestion des déchets à deux bureaux d’études. Le groupement ERA/CERIDD et la société Creaconsult ont décroché ces contrats pour la période 2025-2030. Leur mission : contrôler techniquement les prestations de Hysacam et Thychlof.
Ces recrutements complètent un dispositif déjà lourd. Hysacam a conservé trois des quatre lots de collecte pour plus de 45 milliards de FCFA. Thychlof gère les arrondissements 3 et 6. Malgré ces investissements, l’insalubrité persiste. Les dépotoirs sauvages prolifèrent.
Les commerçants pris en étau
Au marché Mokolo, la colère gronde. Les vendeurs ambulants se sentent ciblés. Ils dénoncent une opération qui menace leur gagne-pain. « L’année commence très mal, certains parmi nous ont pris des prêts à la banque, nous allons rembourser comment ? » témoigne un commerçant sous couvert d’anonymat.
D’autres pointent du doigt des pratiques douteuses. Des leaders d’associations collecteraient de l’argent auprès des vendeurs pour les protéger des autorités. Un système pervers qui entretient l’occupation illégale des trottoirs.
Brenda Biya, une présence qui divise
La visite de Brenda Biya au marché Mokolo ne fait pas l’unanimité. Certains y voient un signal fort. D’autres dénoncent une opération de communication. La fille du président est en effet une figure controversée. Ses prises de position politiques ont défrayé la chronique.
Son engagement pour l’assainissement urbain reste flou. Aucune annonce concrète n’a accompagné sa descente. Pas de financement débloqué. Pas de programme spécifique. Juste une visite.
Vers une propreté durable ?
L’opération « Yaoundé ville propre » ne se résume pas à une visite médiatique. Elle pose une question fondamentale. Comment assainir durablement les marchés de la capitale ?
La réponse repose sur trois piliers. Premièrement, des infrastructures adaptées. Deuxièmement, une gestion rigoureuse des déchets. Troisièmement, la participation active des commerçants et des populations.
Les États généraux sur la gestion des déchets urbains, convoqués en avril 2025, devaient poser les bases d’une solution pérenne. Mais les défis restent immenses. La croissance démographique galopante complique la tâche. L’incivisme persiste.
Un enjeu de santé publique
L’insalubrité à Yaoundé n’est pas qu’une question esthétique. Elle menace directement la santé des populations. Les déchets s’accumulent. Les eaux stagnantes prolifèrent. Les maladies hydriques guettent.
Au marché Mokolo, les commerçants vivent et travaillent dans des conditions sanitaires déplorables. Les clients hésitent à s’y rendre. L’activité économique en pâtit.
Une responsabilité collective
La propreté de Yaoundé ne peut pas reposer uniquement sur les autorités. Les citoyens doivent s’impliquer. Les commerçants doivent adopter des comportements responsables. Les associations doivent jouer leur rôle.
L’opération « Yaoundé ville propre » ne réussira que si elle devient une cause nationale. Une mobilisation collective est indispensable. Sans cela, les montagnes de déchets continueront de s’accumuler.
Ce qu’il faut retenir
Brenda Biya a visité le marché Mokolo. Cette visite symbolique met en lumière un problème réel. La propreté des marchés de Yaoundé reste un chantier inachevé. Les moyens existent. La volonté politique semble présente. Mais les résultats tardent.
L’assainissement de la capitale camerounaise exige plus que des visites. Il nécessite des actes concrets. Des infrastructures. Des financements pérennes. Et surtout, une prise de conscience collective.
Le chemin est encore long. Mais chaque geste compte. La propreté de Yaoundé est l’affaire de tous.


