Le Cameroun accélère sa transition pour ne plus dépendre des importations de médicaments. La facture s’élevait à 170 milliards FCFA en 2024. Le pays veut aussi lutter efficacement contre les faux médicaments.
Une usine phare de 300 milliards FCFA à Meyo
Le Premier ministre Joseph Dion Ngute a posé la première pierre de l’usine Yicheng le 3 octobre 2025. La cérémonie s’est tenue à Meyo, dans l’arrondissement de Yaoundé IV.
Porté par le groupe chinois Yicheng Pharmaceutical, ce projet s’étale sur trois phases. La première, de 2025 à 2027, construit l’usine pour 30 milliards FCFA. La deuxième phase, de 2027 à 2029, ajoute un complexe hospitalier. La troisième, de 2031 à 2035, vise une expansion dans la zone CEMAC avec un centre de recherche et développement.
Les capacités de production annoncées sont considérables : 10 milliards de comprimés, 2 milliards d’ampoules et 100 millions de flacons. Le site produira 100 références de médicaments et dispositifs médicaux.
Ce projet générera plus de 4 000 emplois directs et indirects. Il prévoit 1 000 emplois directs pour des pharmaciens, ingénieurs et techniciens. S’y ajoutent 3 000 emplois indirects dans le transport, la distribution et la maintenance.
SNDIPHAL 2025-2030 : cap sur 25 % de production locale
Le Cameroun ne produit que 5 % des médicaments qu’il consomme. Ce chiffre place le pays derrière le Sénégal, la Côte d’Ivoire, la Tunisie et le Maroc.
La Stratégie nationale de développement de l’industrie pharmaceutique locale (SNDIPHAL 2025-2030) vise à changer la donne. L’objectif est de porter la production nationale à 25 % d’ici 2030.
La dynamique est déjà enclenchée. Le nombre d’unités de production locales est passé de 7 à une vingtaine depuis 2020. Ces unités totalisent 239 références homologuées.
Le gouvernement veut aussi faire chuter l’importation frauduleuse de 40 % à 10 %. Entre 2020 et 2024, plus de 8,6 milliards FCFA de médicaments contrefaits ont été saisis.
Valorisation de la pharmacopée locale
Le Cameroun mise sur ses savoirs traditionnels. La loi n°2024/018 du 23 décembre 2024 encadre désormais l’exercice et l’organisation de la médecine traditionnelle.
Ce texte protège les connaissances traditionnelles associées à la pharmacopée. Il définit la pharmacopée traditionnelle comme un recueil de savoirs et de pratiques issus de la médecine traditionnelle.
Les Médicaments Traditionnels Améliorés (MTA) sont au cœur de cette stratégie. Ils doivent obtenir une Autorisation de Mise sur le Marché (AMM) avant leur commercialisation.
La commission spécialisée en pharmacovigilance et pharmacopée traditionnelle veille à leur qualité. Elle s’assure de leur efficacité et de leur innocuité avant toute mise sur le marché.
Un pilier pour la Couverture Santé Universelle
L’industrie pharmaceutique locale soutient directement la Couverture Santé Universelle (CSU). Le ministre de la Santé, Manaouda Malachie, l’a réaffirmé lors d’un dialogue à Addis-Abeba en août 2026.
La production locale de médicaments et le renforcement de la régulation sont deux leviers essentiels. Ils consolident la sécurité sanitaire et accélèrent la marche vers la CSU.
Le gouvernement soutient cette dynamique. Il a déjà engagé des exonérations sur certains intrants et équipements. Des mécanismes de préférence pour la production nationale sont également en place.
Malgré ces avancées, des défis persistent. L’accès au financement, les difficultés énergétiques et la concurrence des produits importés freinent encore le secteur.
Le Cameroun pose néanmoins les bases d’une indépendance sanitaire durable. La route est tracée. Le cap est fixé à 2030.



