La société lance des appels d’offres d’une valeur totale de 44,54 milliards FCFA pour booster le Réseau interconnecté Nord (RIN). Une initiative cruciale pour garantir un approvisionnement stable en électricité dans le Nord du pays.
Un plan d’urgence pour le Grand Nord
La Société camerounaise d’électricité (Socadel) passe à l’offensive. Le 4 octobre 2026, l’entreprise publique a signé six appels d’offres d’un montant prévisionnel cumulé de 44,54 milliards de FCFA. Ces consultations, publiées le 8 octobre par l’Agence de régulation des marchés publics (ARMP), visent un double objectif : renforcer la production électrique dans le Réseau interconnecté Nord (RIN) et reconstituer les stocks d’équipements du réseau de distribution.
Le découpage est stratégique. Quatre appels d’offres internationaux totalisent 34,16 milliards de FCFA. Deux procédures nationales s’élèvent à 10,37 milliards. Les soumissionnaires ont jusqu’au 23 octobre pour déposer leurs offres.
Cette initiative intervient dans un contexte de crise énergétique persistante. Le RIN, qui dessert les trois régions septentriounales du Cameroun, dépend largement du barrage hydroélectrique de Lagdo. Or, les périodes de faible pluviométrie exposent ce réseau à des déficits récurrents. En juin 2026, la pénurie avait contraint des industriels comme Cimencam Figuil et Lafarge à suspendre leurs activités.
10 MW thermiques pour sécuriser le réseau
Le volet production concentre les attentions. Socadel a alloué 9,36 milliards de FCFA à l’installation de 10 mégawatts (MW) thermiques supplémentaires dans le RIN.
Le dispositif est précis. Douze groupes électrogènes conteneurisés de 1 500 kilovoltampères (kVA) chacun seront déployés. Six unités prendront place à la centrale de Djamboutou, à Garoua, pour fournir 5 MW. Quatre autres iront à Maroua, ajoutant 3 MW. Enfin, deux groupes seront installés à Ngaoundéré, pour 2 MW.
Sur les 9,36 milliards prévus, 8,59 milliards financeront l’achat et l’installation des groupes ainsi que les équipements de raccordement. Les travaux de génie civil sont estimés à 417,4 millions de FCFA. Les installations de refroidissement et de protection incendie représentent 357,8 millions.
La procédure est engagée en urgence. Le délai maximal pour la fourniture, l’installation et la mise en service est fixé à cinq mois à compter de la notification de l’ordre de service. Aucune date précise de mise en exploitation n’a encore été arrêtée.
8 MW supplémentaires par la réhabilitation
Parallèlement aux nouvelles installations, Socadel vise la récupération de 8 MW supplémentaires. Un second appel d’offres, évalué à 1,014 milliard de FCFA, porte sur l’achat de pièces mécaniques et électriques pour les centrales de Djamboutou, Maroua, Ngaoundéré et Kousseri.
La répartition est claire. Près de 799 millions de FCFA sont réservés aux groupes Cummins des trois premières centrales. 214,7 millions sont destinés aux équipements Caterpillar de Kousseri. Les 10 MW correspondent à de nouvelles installations. Les 8 MW proviennent de la remise en état d’équipements existants. Le second marché se limite à la fourniture des pièces nécessaires à cette réhabilitation.
Plus de 34 milliards pour la distribution
La distribution absorbe la part la plus importante du programme. Quatre appels d’offres internationaux totalisent 34,16 milliards de FCFA pour reconstituer les stocks d’équipements critiques.
Le marché le plus important, évalué à 14,65 milliards de FCFA, concerne les câbles électriques, les conducteurs et les accessoires de raccordement. Il inclut des câbles moyenne tension souterrains et aériens, des câbles basse tension et des équipements nécessaires aux branchements électriques.
Un deuxième contrat, estimé à 9,37 milliards de FCFA, porte sur les appareillages de coupure et de protection. Les achats prévus comprennent 476 unités de cellules moyenne tension pour les postes de distribution, des disjoncteurs, des parafoudres et des armoires de contrôle.
Un troisième appel d’offres, d’une valeur de 6,72 milliards de FCFA, couvre 709 transformateurs de distribution et deux autotransformateurs moyenne tension. Le quatrième, évalué à 3,41 milliards, concerne les armements, isolateurs et accessoires des lignes aériennes moyenne tension.
Un redressement sous haute tension
Ces investissements s’inscrivent dans un plan de redressement plus vaste. Le 1er juillet 2026, Socadel a signé un mandat avec General Bank of Cameroon (ex Société Générale Cameroun) pour mobiliser 60 milliards de FCFA sur le marché bancaire. Ces ressources financeront des investissements prioritaires dans les infrastructures de production, de distribution et de commercialisation de l’énergie électrique.
L’entreprise publique, qui a succédé à Eneo après sa reprise par l’État en mai 2026, affiche une ambition claire. « Notre priorité est claire : restaurer la confiance, améliorer la continuité du service et apporter des résultats visibles aux usagers », déclarait Antoine Ntsimi, président du Conseil d’administration de Socadel.
Le défi reste immense. Le RIN demeure vulnérable aux aléas hydrologiques. Les 10 MW thermiques et les 8 MW récupérés apporteront une bouffée d’oxygène. Mais la question du financement complet du plan d’urgence de 107 milliards de FCFA pour 2026-2027 reste posée.
Pour les populations du Grand Nord, l’enjeu dépasse le cadre technique. Il s’agit de garantir un approvisionnement électrique stable, condition sine qua non du développement économique et industriel de la région.
Les mots-clés à retenir
– Socadel: Société camerounaise d’électricité, successeur d’Eneo
– Réseau interconnecté Nord (RIN): réseau desservant les trois régions septentrionales
– 44,54 milliards FCFA : montant cumulé des six appels d’offres
– 10 MW thermiques : capacité supplémentaire à installer
– 8 MW récupérés : capacité issue de la réhabilitation des centrales
– Lagdo : barrage hydroélectrique dont la production varie selon la pluviométrie
– Djamboutou, Maroua, Ngaoundéré : sites d’installation des nouveaux groupes électrogènes
– Garoua : principal pôle industriel du Grand Nord