La traversée de tous les dangers
Le silence pèse lourdement sur le village Nkolewot, situé dans le canton Tekmo, près de Sangmélima. Ce lundi 19 octobre 2026, dès 7 heures du matin, deux ouvriers préparent leur journée de labeur. Nomo Frédéric, un jeune scieur de 24 ans originaire de la Lékié, s’apprête à rejoindre son chantier forestier. Pour atteindre la rive opposée, les deux hommes embarquent à bord d’une pirogue de fortune.
Cependant, le niveau de la rivière Lobo pose un risque majeur en cette période de fortes pluies. En quelques secondes, l’embarcation cède sous la force des flots et chavire. Les deux travailleurs basculent dans l’eau agitée et réussissent d’abord à s’accrocher à des branches dérivantes. Son coéquipier lui conseille d’attendre prudemment les secours. Malheureusement, Nomo Frédéric prend une décision fatale. Se sachant bon nageur, il tente de regagner la berge à la force des bras. Mais ses bottes de chantier, rapidement gorgées d’eau, le tirent vers le fond. Le courant tumultueux de la Lobo l’engloutit définitivement.
Trois jours de traque dans les eaux obscures
Dès l’alerte lancée, les villageois organisent les recherches le long des berges. Les autorités locales et les riverains scrutent le cours d’eau sans relâche pendant trois jours consécutifs. L’angoisse domine la communauté face à une rivière réputée impitoyable durant la saison pluviométrique.
Finalement, le dénouement survient le jeudi 22 octobre à 10 heures du matin. Un habitant de la zone, Moïse Yves Elangan Dongo, surnommé « Damas », repère la dépouille à près d’un kilomètre en aval du site du chavirement. Ce dernier témoigne avec émotion de sa découverte : « C’est comme si mon instinct me guidait. » Les autorités procèdent immédiatement au repêchage du corps du jeune scieur.
L’enclavement : le coupable silencieux des zones forestières
Au-delà du drame humain, cette tragédie expose une réalité brutale. L’activité de sciage artisanal fait vivre de nombreuses familles, mais elle impose des conditions de travail d’une extrême dangerosité. Dans le canton Tekmo, l’absence d’infrastructures de franchissement sécurisées force quotidiennement les travailleurs à risquer leur vie sur des pirogues instables.
Par ailleurs, ce décès tragique relance le débat sur l’isolement des bassins forestiers de la région. Les riverains tirent la sonnette d’alarme et exigent des mesures urgentes de la part des pouvoirs publics. La construction de ponts modernes et la fourniture d’équipements de sécurité de base restent des urgences vitales. En attendant des actions concrètes, la famille du défunt a rapatrié la dépouille de Nomo Frédéric dans son village natal, dans le département de la Lékié, où il repose désormais.