Le Congrès américain convoque Gianni Infantino : corruption, faveurs à Trump et hausse des prix des billets.

Washington – C’est une convocation historique qui promet de secouer les coulisses du football mondial. Le comité judiciaire de la Chambre des représentants des États-Unis a officiellement assigné à comparaître le président de la FIFA, Gianni Infantino, le 9 août 2026. Au cœur des accusations : un abandon jugé « scandaleux » de poursuites fédérales pour corruption, une campagne de séduction présumée envers l’administration Trump, et des pratiques de billetterie qualifiées de « prédatrices » à l’occasion de la Coupe du monde 2026.

Dans un courrier fleuve de vingt-cinq points, obtenu par nos soins, les élus démocrates du Congrès pointent du doigt un système de « corruption légalisée » qui aurait prospéré sous le mandat de M. Infantino, pourtant élu en 2016 sur un programme de rupture et de transparence.

Le revirement incompréhensible du ministère de la Justice

L’enquête parlementaire découle d’un rebondissement judiciaire pour le moins troublant. En mars 2023, un jury fédéral de New York avait reconnu Hernan Lopez, ancien dirigeant de Fox, et le groupe argentin Full Play, coupables de fraude électronique et de blanchiment d’argent. Leur délit : avoir versé des dizaines de millions de dollars de pots-de-vin pour s’assurer les droits de retransmission de compétitions internationales, une affaire qui a éclaboussé la FIFA pendant près de vingt-quatre ans.

Après un va-et-vient judiciaire, la condamnation est réhabilitée en appel en juillet 2025. Mais, contre toute attente, le département de la Justice de l’administration Trump décide d’abandonner les poursuites en décembre. Motif officiel : ce dossier ne serait plus une « priorité » face aux enjeux de terrorisme et de criminalité organisée. Le procureur fédéral du district Est de New York s’est même présenté seul à l’audience pour demander l’abandon, sans le soutien d’aucun des avocats ayant travaillé sur le dossier.

Un magistrat de l’audience, jugeant l’argumentation « grotesque », a souligné que l’équipe juridique était parfaitement compétente pour mener l’affaire à son terme. Pourtant, le dossier a été classé sans suite, laissant quatre autres prévenus réclamer le même traitement de faveur.

Une location au Trump Tower et un « Prix de la paix » très politiques

Le timing de ce revirement interpelle les enquêteurs. Quelques jours seulement avant l’abandon des poursuites, M. Infantino remettait au président Donald Trump le tout premier « Prix de la paix de la FIFA », une distinction créée de toutes pièces et sans l’aval du conseil de l’instance. Une récompense largement perçue comme un lot de consolation, alors que le locataire de la Maison-Blanche convoite le prix Nobel de la paix.

L’affaire prend une autre dimension avec la location, par la FIFA, d’un bureau au dix-septième étage de la Trump Tower, à New York. Un espace qui ne serait utilisé que durant la période de la Coupe du monde (39 jours), mais dont le loyer annuel est estimé à 600 000 dollars, soit plus de 15 000 dollars par jour, qui rejoignent directement les comptes de la Trump Organization.

Son prédécesseur, Sepp Blatter, lui-même suspendu pour corruption, n’a pas manqué d’ironiser, qualifiant cette « campagne de séduction de plusieurs années » de tentative évidente d’influencer le président.

Billets à 33 000 dollars et pratiques illégales

Le Congrès s’intéresse également à la politique tarifaire de la FIFA pour le Mondial 2026, co-organisé par les États-Unis, le Mexique et le Canada. Les promoteurs de la candidature nord-américaine avaient promis un prix plafond de 1 550 dollars pour la finale. La FIFA propose aujourd’hui des places à près de 33 000 dollars, soit vingt fois le tarif initial.

L’instance a aussi instauré une tarification dynamique, faisant grimper les prix en temps réel, et se réserve le droit de déplacer les spectateurs vers des sièges moins bien situés sans leur consentement. Ces méthodes ont déjà déclenché des enquêtes des procureurs généraux de New York et du New Jersey. La procureure du New Jersey, Jennifer Davenport, dénonce « un parcours du combattant marqué par la confusion, une pénurie artificielle et des prix exorbitants ». Pourtant, le département de la Justice et la Commission fédérale du commerce (FTC) sont restés silencieux.

Une comparution et des milliers de documents exigés

Les élus démocrates du comité judiciaire ne laissent rien au hasard. Dans leur convocation, ils exigent la production, avant le 9 août à 17 heures, de :

· La liste exhaustive de tous les cadeaux, distinctions ou avantages offerts au président Trump, à sa famille ou à ses entreprises.
· Tous les documents relatifs à la location de la Trump Tower et à la création du « Prix de la paix ».
· L’intégralité des échanges entre la FIFA et l’administration Trump concernant des affaires judiciaires en cours, notamment celles liées au département de la Justice.
· Les plaintes de consommateurs et les discussions sur les pratiques de billetterie.
· Les registres des visiteurs des bureaux de la FIFA à Miami et New York.

La commission met également en demeure la FIFA de conserver l’intégralité des communications, y compris les messages éphémères échangés sur Signal, Telegram ou WhatsApp. Enfin, Gianni Infantino est personnellement sommé de se présenter pour un entretien retranscrit durant son séjour aux États-Unis.

Interrogée, la FIFA n’a pas encore répondu à nos sollicitations. L’organisation s’est toutefois défendue par le passé en assurant payer un « loyer de marché » pour ses bureaux new-yorkais. La pression, elle, ne cesse de monter à l’approche de cette échéance du 9 août, qui s’annonce comme un tournant majeur dans les relations entre le football mondial et la justice américaine.

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