L’onde de choc est mondiale. Alors que l’édition 2026 de la Coupe du monde s’achève à peine, le président de la FIFA, Gianni Infantino, a plongé le football dans une tempête politique et financière sans précédent. L’Europe, par la voix de l’UEFA et de ses fédérations, a déclaré l’état d’urgence, dénonçant un projet qu’elle juge « corrupteur » et « antidémocratique ». Derrière les cris d’orfraie, se cache une bataille de pouvoir et de gros sous, où les masques tombent et les alliances d’hier volent en éclats.
Un ultimatum à 40 millions de dollars
Le cœur du brasier repose sur une lettre de cinq pages adressée par Gianni Infantino aux 211 fédérations membres. Le président de la FIFA propose la création de FIFA Forward Enterprise (FFE), une filiale commerciale valorisée à 20 milliards de dollars qui gérerait les droits et l’organisation des tournois majeurs, dont la Coupe du monde. Jusqu’à 20 % de cette entité seraient cédés à des investisseurs privés.
Pour approuver ce projet, Infantino fixe un ultimatum au 19 septembre 2026 : chaque fédération qui valide le plan recevra 40 millions de dollars (environ 30 millions de livres), avec un premier versement de 20 millions dès janvier 2027. En cas de refus, le financement des fédérations serait plafonné à 10 millions de dollars, les excluant de fait des retombées du nouveau pacte financier.
« Le football n’est pas à vendre » : l’Europe se rebelle
L’UEFA a immédiatement qualifié ce projet de « ligne rouge à ne pas franchir ». Dans un communiqué cinglant, elle estime que « l’âme et la gouvernance du football ne sont pas des actifs à échanger » et que « le football n’est pas à vendre ». Une réunion d’urgence des 55 fédérations européennes est prévue pour décider d’un plan d’action, incluant possiblement un boycott de la prochaine Coupe du monde.
L’opposition est également politique. Le commissaire européen aux Sports, Glenn Micallef, a mis en garde contre une « commercialisation corrosive » du football, tandis que le Premier ministre britannique, Andy Burnham, a martelé que la Coupe du monde « n’est pas un produit à vendre ».
Le clan Trump en embuscade
La polémique est exacerbée par l’identité des investisseurs. Le fonds Thrive Eternal, fondé par Joshua Kushner (frère de Jared Kushner, gendre de Donald Trump), est pressenti pour mener le consortium. Les liens personnels et politiques entre Infantino et le président américain sont désormais scrutés. Ces derniers mois, Infantino a multiplié les gestes d’allégeance : prix de la paix décerné à Trump, ouverture d’un bureau de la FIFA à la Trump Tower, trophée du Mondial des clubs exposé au Bureau ovale.
Cette proximité avec l’entourage du président américain nourrit les accusations de conflit d’intérêts et de « collusion ». L’Europe se sent ouvertement « doublée », voyant son influence s’effriter au profit d’une Amérique de Trump qui a pris goût au business du ballon rond.
L’hypocrisie du Vieux Continent ?
Face à cette « prise de conscience subite » de l’Europe, une question demeure : pourquoi ce tollé aujourd’hui ? Le texte initial pose une critique acerbe : l’UEFA n’a jamais bronché lorsqu’il s’agissait de bénéficier d’un nombre de qualifiés disproportionné pour la Coupe du monde, ni ne s’est interrogée sur la division du continent américain en deux confédérations (Amérique du Nord et Amérique du Sud) facilitant les qualifications de certaines nations. L’Europe, qui a initié le « football business », voit aujourd’hui son pré carré menacé par un projet qu’elle a elle-même contribué à façonner. Pour Infantino, il ne s’agit que d’une « version améliorée » de ce modèle.
Et l’Afrique dans tout cela ?
Dans ce concert de critiques, la Confédération africaine de football (CAF) reste silencieuse. Ses fédérations, souvent dépendantes des subsides de la FIFA, pourraient voir dans ce plan une manne financière inespérée. Comme le souligne l’analyse, 40 millions de dollars (environ 20 milliards de FCFA) pourraient représenter une opportunité de placement pour des fédérations qui brûlent parfois leur budget en « tourisme oisif » lors des phases finales.
Cependant, le risque est grand. En soutenant Infantino, l’Afrique pourrait aliéner sa souveraineté financière et se retrouver piégée dans un système où les « petits bandits » des fédérations locales laissent le « chef bandit » s’approprier le magot.
Un tournant historique
Le projet d’Infantino est un véritable test de résistance pour la gouvernance du football mondial. En imposant un ultimatum et en jouant la carte des investisseurs privés proches de Trump, il braque l’Europe mais séduit peut-être une majorité de fédérations pauvres. L’issue de ce bras de fer redéfinira qui, du sport ou du business, aura le dernier mot sur le plus beau spectacle du monde.