Infatigable bâtisseur d’écoles, fondateur de la première université privée non confessionnelle du pays, il a formé des centaines de milliers d’étudiants avant de disparaître en 2016, laissant une œuvre colossale fragilisée par des querelles successorales.
Les débuts d’un fils du Nyong-et-So’o
Né le 30 mai 1941 à Ayéné, près de Metet, dans le département du Nyong-et-So’o (région du Centre), Joseph Ndi-Samba est le fils de Samba Etendé Moïse et de Nyangono Esther. Il effectue sa scolarité primaire dans son village avant de décrocher, en 1963, un baccalauréat série Sciences expérimentales au Lycée Joss de Douala.
Il poursuit ses études à l’Université fédérale du Cameroun à Yaoundé, où il obtient une licence bilingue en 1967, puis un Diplôme d’études supérieures (D.E.S.) d’anglais en 1968.
Une carrière au service de l’éducation
Dès 1966, il prend la direction du collège privé Madeleine à Yaoundé. De 1968 à 1978, il exerce parallèlement les fonctions de traducteur principal à l’Assemblée nationale du Cameroun, mettant à profit sa double compétence linguistique.
Mais c’est dans le secteur éducatif que Joseph Ndi-Samba laisse son empreinte la plus durable. En 1968, il crée les cours du soir « Notre-Dame des Victoires » à Mvog-Ada (Yaoundé), destinés aux travailleurs désireux de s’instruire après leurs journées de labeur. Cette initiative pionnière donne naissance à un véritable groupe éducatif.
En 1978, il fonde l’Institut Samba secondaire de Mvog-Ada, puis en 1992 l’Institut Samba supérieur, futur noyau de l’Université de Yaoundé-Sud. Rebaptisé en 2017 Centre universitaire Joseph Ndi-Samba, cet établissement est aujourd’hui reconnu comme le plus ancien institut privé non confessionnel d’enseignement supérieur du Cameroun.
Le Groupe Ndi Samba Formation revendique la formation de quelque 250 000 étudiants venus du Cameroun et d’Afrique centrale. L’offre académique couvre le droit, l’économie, la gestion, la pédagogie, les langues, la traduction et l’informatique.
Un engagement national et politique
La stature de Joseph Ndi-Samba dépasse largement le cadre de ses propres établissements. De 1988 à 1990, il est secrétaire à l’éducation de l’Organisation de l’enseignement privé laïc du Cameroun pour la province du Centre. En 1995, il devient secrétaire national de l’Organisation des fondateurs d’établissements scolaires et de formations privés laïcs du Cameroun, fonction qu’il occupe jusqu’à son décès.
Il siège également au conseil de direction de l’Office du baccalauréat du Cameroun, à la cellule de contrôle des examens officiels, au Conseil national d’agrément des manuels et matériels didactiques, ainsi qu’à la cellule d’évaluation du système éducatif camerounais.
Homme politique, il est élu maire de la commune de Nkol-Metet en 2007, puis réélu en 2013. Il est également sénateur suppléant à partir de 2012 et conseiller de la sous-section RDPC d’Ayéné en 2015.
Médias et reconnaissance
Homme d’affaires aux multiples facettes, Joseph Ndi-Samba investit également dans la communication. En 1999, il devient promoteur et directeur général de la Radio Lumière, puis de la chaîne Samba TV. Sur les ondes, il lui arrivait de livrer lui-même quelques informations en langue ewondo.
Chrétien protestant, membre de la paroisse EPC de Djoungolo à Yaoundé, il est élevé au grade de commandeur de l’Ordre national de la Valeur.
Disparition et héritage menacé
Joseph Ndi-Samba s’éteint le vendredi 13 mai 2016 à l’hôpital général de Yaoundé, des suites d’une longue maladie, à l’âge de 75 ans. Ses obsèques, célébrées à la hauteur de son rang, rassemblent famille, personnalités et collaborateurs. Le chef de l’État lui adresse ses condoléances par la voix du préfet du Nyong-et-So’o, qui salue « l’un des pionniers de l’enseignement laïc au Cameroun ». Sa dépouille rejoint son village natal d’Ayéné.
Il caressait, à la fin de sa vie, le projet d’une Fondation Joseph Ndi-Samba pour l’éducation.
Succession : une guerre fratricide
À la mort du patriarche, une querelle de succession oppose ses héritiers. Joseph Ndi-Samba était époux de quatre femmes et père de 22 enfants. Dès les obsèques, des tensions éclatent : sur les 21 enfants du défunt, seuls quatre assistent à la cérémonie. Une faction dénonce une main mise sur l’organisation des funérailles.
Dans les mois qui suivent, le conflit s’envenime. Un collectif d’enfants revendique la qualité d’héritier exclusif de certains biens, tandis que le fils aîné, Raymond Samba Ndi, désigné chef de famille et PDG du groupe, dément l’existence d’un testament en ce sens. Des arrestations interviennent, et le torchon brûle au sein de la famille.
Ce conflit a durablement fragilisé l’œuvre éducative de Joseph Ndi-Samba, compromettant la pérennité d’un empire bâti en près d’un demi-siècle.
Joseph Ndi-Samba restera dans l’histoire du Cameroun comme un bâtisseur d’hommes et d’institutions, dont la vision a transformé le paysage de l’éducation privée. Mais son héritage, aujourd’hui menacé par les querelles familiales, rappelle que les grandes œuvres ne survivent pas toujours à leurs fondateurs.