Cameroun : 355 milliards FCFA d’indemnités, le fiasco du fer de Mbalam aux allures de malédiction.

Alors que le projet minier de Mbalam-Nabeba devait être le catalyseur d’une nouvelle ère industrielle pour le Cameroun, il s’apparente aujourd’hui à un gouffre financier. L’État vient d’être condamné par la Cour internationale d’arbitrage de la Chambre de commerce internationale (CCI) de Paris à verser la somme colossale de 355 milliards de FCFA (plus de 600 millions de dollars) à la junior minière australienne Sundance Resources.

Ce jugement, rendu public fin juillet 2026 par le financeur du litige Burford Capital, vient couronner une décennie de tergiversations, d’ambitions démesurées et de gestion opaque qui ont transformé ce gisement classé parmi les plus importants au monde en un passif considérable pour les finances publiques.

Un contentieux né d’un mariage impossible

L’origine du conflit remonte à 2012, année de la signature de la convention minière entre l’État camerounais et Sundance Resources. À l’époque, le projet, porté par une petite société australienne sans les reins financiers suffisants, suscitait déjà l’inquiétude. Malgré des réserves estimées à plus de 2 milliards de tonnes de minerai et un potentiel de production de 40 millions de tonnes par an, Sundance n’a jamais réussi à boucler le financement des infrastructures colossales nécessaires, notamment un chemin de fer de plus de 500 km et un terminal minéralier au port de Kribi.

Pendant dix ans, les tentatives de trouver des partenaires techniques et financiers – du chinois China Gezhouba en 2015 à AustSino en 2018 – se sont soldées par des échecs. Face à cette incapacité chronique, le Cameroun a fini par retirer ses droits à Sundance en 2021 pour confier le projet à un nouveau consortium, une décision que la junior minière a immédiatement contestée devant la CCI.

Un passif qui s’alourdit et une stratégie contestée

La sentence arbitrale est un camouflet pour l’exécutif camerounais, d’autant que la stratégie de défense a été pour le moins erratique. En janvier 2025, le Cameroun a ainsi boycotté une audience à Paris, ne payant pas ses avocats et experts. Une position d’autant plus risquée que la somme initialement réclamée par Sundance atteignait 5,5 milliards de dollars (3 401 milliards FCFA) .

Ce dossier s’inscrit dans un contexte plus large de contentieux coûteux. Selon le Rapport de certification du Compte général de l’État 2024, le Cameroun fait face à des passifs potentiels ou avérés dépassant les 600 milliards FCFA, incluant les litiges autour du Complexe sportif d’Olembé et des péages automatiques.

Le rôle clé de Louis Paul Motaze

L’actuel ministre des Finances, Louis Paul Motaze, est une figure centrale de ce dossier. En 2012, il présidait le Conseil stratégique de négociation et de suivi des projets miniers structurants et a piloté le comité de suivi du projet de fer de Mbalam jusqu’à la signature de la convention. C’est également sous son égide que le port en eau profonde de Kribi, justifié en grande partie par le trafic annoncé de 36 millions de tonnes de minerai, a été construit.

Un avenir minier sans rail ?

Ironie du sort, alors que le Cameroun est condamné à payer pour un projet avorté, le nouveau concessionnaire, Cameroon Mining Corporation (CMC), prévoit les premières exportations de minerai pour le premier trimestre 2026.

Mais contrairement au projet géant de Simandou en Guinée, qui a intégré la construction d’une ligne ferroviaire dédiée dès le départ, le fer de Mbalam sera dans un premier temps acheminé par la route sur près de 575 km jusqu’au port de Kribi.

Quant au chemin de fer Mbalam-Kribi, estimé à plus de 3 100 milliards FCFA, sa construction semble renvoyée à un avenir lointain. Un retard qui profite peut-être à certains intérêts, alors que l’État camerounais ne détient que 13 % du capital de Camrail, l’exploitant du réseau ferroviaire existant.

Le fiasco de Mbalam laisse un goût amer. Il illustre les risques d’une politique minière qui confie des projets d’envergure à des opérateurs sans garanties, et interroge sur la capacité de l’État à défendre ses intérêts face à des contentieux internationaux aux conséquences budgétaires désastreuses.

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