Tabac : le Cameroun prépare un choc fiscal pour protéger la jeunesse.

Mbankomo, 24 juillet 2026 – Réunis pendant trois jours dans la localité de Mbankomo, les experts du ministère de la Santé publique (Minsanté) et du ministère des Finances (MINFI) ont planché sur un renforcement de la fiscalité du tabac. Objectif : réduire drastiquement la consommation, en particulier chez les jeunes, tout en dégageant des recettes pour financer la couverture sanitaire universelle (CSU).

Un retard fiscal préoccupant

Le constat des experts est sans appel : la charge fiscale actuelle sur les produits du tabac au Cameroun est de 38,4 %, très loin des 70 % recommandés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Ce retard limite l’impact des taxes comme levier de santé publique. Pourtant, la prévalence du tabagisme chez les adultes de 15 ans et plus est estimée à 4,6 % en 2024, avec des pics à 8,9 % chez les hommes. Le tabac est responsable de près de 4 532 décès par an au Cameroun, soit 1,74 % de la mortalité totale.

Des projections ambitieuses avec le modèle TaXSIM

Pour évaluer l’impact d’une hausse, les experts ont utilisé le modèle TaXSIM de l’OMS, un outil de simulation des politiques fiscales.

Les projections sont éloquentes :

· En 2027, le passage de la taxe spécifique de 5 000 à 10 000 FCFA pour 1 000 tiges pourrait réduire le nombre de fumeurs de 47 000.
· En 2028, une nouvelle hausse à 15 000 FCFA permettrait d’éliminer 65 000 fumeurs supplémentaires.

Un double objectif : santé publique et financement

Cette stratégie répond à un double impératif. D’une part, augmenter le prix des cigarettes est reconnu comme le moyen le plus efficace de dissuader la consommation, notamment chez les jeunes. D’autre part, les recettes fiscales supplémentaires pourraient être fléchées vers le financement de la CSU. Les recettes actuelles issues du tabac représentent moins de la moitié du niveau recommandé par l’OMS.

Vers une adoption prochaine ?

Si ces mesures sont entérinées dans les prochaines lois de finances, le Cameroun ferait un pas de géant dans sa lutte contre le tabagisme, tout en se donnant les moyens de sa politique de santé. Les acteurs de la société civile, comme la Coalition camerounaise contre le tabac (C3T), militent d’ailleurs pour une taxation portée à 75 %. L’atelier de Mbankomo pourrait bien marquer un tournant décisif.

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