ONU : Macky Sall et l’Afrique à l’heure d’un choix historique.

L’élection du prochain secrétaire général des Nations unies, prévue pour la fin de l’année 2026, constitue un test décisif pour l’unité et l’influence diplomatique du continent africain. Alors que six candidats sont officiellement en lice pour succéder à António Guterres, la candidature de l’ancien président sénégalais Macky Sall, soutenue par plus de quarante États africains, suscite des espoirs mais aussi de vives tensions. Pour l’Afrique, cette échéance est bien plus qu’une simple élection : c’est un rendez-vous avec l’Histoire.

Un processus de sélection sous haute tension

Le Conseil de sécurité a organisé son premier « vote indicatif » secret le 30 juillet 2026, une étape informelle mais cruciale pour mesurer les soutiens avant le scrutin définitif. Dans ce scrutin, Macky Sall n’a recueilli que six voix favorables, contre sept défavorables et deux abstentions. Un résultat jugé « cinglant » par certains diplomates, qui placent le Sénégalais en difficulté face à un trio de tête composé de la Costaricaine Rebeca Grynspan, de la Guyanaise Carolyn Rodrigues Birkett et de l’Argentin Rafael Grossi.

Cette contre-performance intervient pourtant après un revirement diplomatique majeur. Le 20 juillet 2026, le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a officiellement apporté le soutien de son pays à la candidature de son prédécesseur. Un changement de cap qualifié d’« historique » par les partisans de Macky Sall, mais qui a heurté les familles de victimes des violences politiques survenues au Sénégal entre 2021 et 2024.

Une candidature africaine, des divisions africaines

Portée initialement par le Burundi, qui assure la présidence tournante de l’Union africaine, la candidature de Macky Sall a été déposée le 2 mars 2026 au siège de l’ONU. Mais elle a rapidement été fragilisée par l’absence de soutien officiel de son pays d’origine, puis par le refus de l’Union africaine de l’endosser. En mars 2026, une vingtaine d’États africains avaient même manifesté leur opposition, révélant des fractures diplomatiques profondes au sein du continent.

Aujourd’hui, avec le soutien du Sénégal et d’une quarantaine de pays, Macky Sall incarne une ambition africaine. Mais les divisions persistent, alimentées par des querelles politiques nationales et des approches diplomatiques divergentes. Comme le soulignent de nombreux observateurs, l’Afrique peine encore à parler d’une seule voix sur la scène internationale, ce qui fragilise ses candidats et limite son influence.

Un contexte mondial en pleine mutation

L’élection du prochain secrétaire général intervient dans un contexte de crise de crédibilité sans précédent pour l’ONU. Entre les blocages au Conseil de sécurité, les pressions financières des États-Unis et les appels à une réforme en profondeur, l’institution cherche un nouveau souffle. Les six candidats, dont quatre femmes, ont participé à un débat télévisé le 23 juillet 2026 pour exposer leur vision.

Macky Sall, seul candidat africain et non-latino-américain, a promis de « rétablir la confiance » et de rendre l’ONU « plus agile, plus efficace et plus à l’écoute ». Son parcours d’ancien chef d’État, ministre et président de l’Assemblée nationale lui confère une solide expérience. Mais les polémiques liées à la fin de son mandat au Sénégal restent un point faible.

L’Afrique à la croisée des chemins

Au-delà de la personne de Macky Sall, c’est la capacité de l’Afrique à peser sur les grandes décisions internationales qui est en jeu. Le continent, qui ne dispose toujours d’aucun siège permanent au Conseil de sécurité, revendique une représentation plus juste. L’élection d’un secrétaire général africain, près de trente ans après le dernier (Boutros Boutros-Ghali en 1992), serait un symbole fort.

Mais ce symbole ne sera possible que si l’Afrique surmonte ses divisions et agit avec la même détermination que les autres grandes puissances. « Les grandes puissances défendent leurs candidats avec détermination ; l’Afrique doit apprendre à défendre les siens avec la même conviction », résume l’éditorialiste Serge Espoir Matomba.

L’Histoire retiendra si, à ce rendez-vous crucial, l’Afrique a su répondre présente, ou si elle a laissé passer une occasion unique de redéfinir sa place dans la gouvernance mondiale.

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