Inde : la police disperse violemment une marche de protestation contre les fraudes aux examens

New Delhi – Les forces de l’ordre indiennes ont procédé lundi à des tirs de gaz lacrymogènes et à des charges de matraque pour disperser plusieurs milliers de manifestants qui tentaient de marcher vers le Parlement, à New Delhi, afin de dénoncer les fraudes présumées aux examens universitaires et réclamer la démission du ministre de l’Éducation, Dharmendra Pradhan.

Déployées en nombre, les forces de police anti-émeute ont chargé les protestataires, en majorité des jeunes étudiants, près de l’esplanade de Jantar Mantar, lieu de rassemblement traditionnel des manifestations dans la capitale, a constaté un journaliste de l’AFP. Dès dimanche, la police de Delhi avait interdit la marche, qualifiée d’illégale, et imposé des ordres de prohibition dans une large partie de la ville, prévenant que toute violation serait passible de poursuites pénales. Le trafic Internet a également été coupé dans certains secteurs du centre de New Delhi.

Un mouvement né d’un scandale national

Les manifestants répondaient à l’appel du « Parti du peuple des cafards » (Cockroach Janta Party, CJP), un mouvement satirique créé en mai par un étudiant indien fraîchement diplômé aux États-Unis. Ce parti tire son nom d’une remarque d’un juge de la Cour suprême qui avait qualifié les jeunes chômeurs de « cafards », une étiquette que le mouvement a reprise comme symbole de dérision politique. Le CJP, qui revendique 23 millions d’abonnés sur Instagram, tente de fédérer la colère grandissante contre les scandales à répétition qui ébranlent le système éducatif indien.

Le mouvement a pris son essor après la fuite, en mai dernier, des sujets de l’examen national d’entrée en médecine (NEET), un concours ultra-compétitif passé par plus de deux millions d’étudiants. Cette fraude a contraint les autorités à organiser une nouvelle épreuve dans des conditions de sécurité renforcée, et aurait, selon les médias locaux, conduit plusieurs candidats au suicide.

« Nous voulons que le gouvernement nous entende »

Dès lundi matin, des milliers de manifestants ont afflué vers le site de Jantar Mantar, bravant une bruine de mousson et les barrages policiers érigés sur les routes menant au Parlement. Les protestataires scandaient des slogans appelant au départ du ministre Dharmendra Pradhan et du Premier ministre Narendra Modi. « Nous voulons que le gouvernement nous entende, pas qu’il nous fasse taire », a déclaré à l’AFP K.M. Gulshan, un étudiant de 19 ans. Un autre manifestant, Mohammed Tabrez, 22 ans, a confié : « Nous voulons que cette corruption cesse. Nous voulons que toutes les fraudes, les fuites de sujets, prennent fin. C’est la raison pour laquelle je suis venu ».

Face à la détermination de la foule, les forces de l’ordre ont procédé à des charges, tandis que les organisateurs dénonçaient sur les réseaux sociaux une répression disproportionnée. « Sommes-nous dans une zone de guerre ? Pourquoi la police recourt-elle à des tirs de gaz lacrymogènes contre des manifestants pacifiques ? », s’est interrogé le CJP sur la plateforme X. Le parti a également accusé le gouvernement de vouloir réduire au silence une contestation pacifique.

Une contestation qui gagne les sphères politiques

La session d’été du Parlement, qui s’ouvrait lundi, a été immédiatement marquée par cette crise. Dès la rentrée, le chef de l’opposition à la chambre haute, Mallikarjun Kharge, a dénoncé l’usage de la force. « Le gouvernement essaie d’utiliser la force pour les faire taire », a-t-il déploré à la tribune, rappelant qu’« il s’agit là de l’avenir de centaines de milliers de nos enfants ». Des slogans ont également été entendus dans l’hémicycle de la chambre basse, réclamant la démission du ministre. Des dirigeants du parti Aam Aadmi (AAP), dont Manish Sisodia, ont rejoint les manifestants sur place.

Le Premier ministre Narendra Modi, qui s’est exprimé avant l’ouverture de la session, n’a fait aucune allusion au mouvement. Il a cependant appelé au « bon fonctionnement » du Parlement, soulignant que c’était « l’aspiration de la jeunesse indienne ».

Selon le CJP, des discussions auraient été engagées avec le gouvernement en début de journée, sans qu’aucune confirmation officielle ne soit apportée. La veille, l’activiste Sonam Wangchuk, qui observait une grève de la faim depuis vingt jours en soutien au mouvement, avait été transporté d’office à l’hôpital par la police. Depuis son lit d’hôpital, il a conditionné la fin de sa grève à la tenue de promesses sur la réforme du système éducatif.

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