Gestion des déchets au Cameroun : un an après, la montagne a-t-elle accouché d’une souris ?

Il y a un an, le ministre de l’Habitat et du Développement urbain (MINHDU) convoquait les États généraux sur la gestion des ressources en déchets urbains. L’objectif était clair : révolutionner un secteur en pleine crise. Douze mois plus tard, l’heure est au bilan. Entre les grandes déclarations et la réalité des rues camerounaises, le chemin reste long.

Un diagnostic sévère et des promesses ambitieuses

En mai 2025, les chiffres étaient alarmants. Le Cameroun produisait alors près de 6 millions de tonnes de déchets par an. Rien qu’à Yaoundé et Douala, les ordures s’accumulaient dans les quartiers populaires. Face à ce constat, le gouvernement a dégainé une arme de communication massive : les États généraux.

Pendant deux jours, experts, élus locaux et opérateurs privés ont planché sur une feuille de route. Le mot d’ordre, martelé par la ministre Célestine Ketcha Courtes, était sans appel : dire non à l’insalubrité. Les promesses pleuvaient. Valorisation des déchets, économie circulaire, renforcement des contrats avec des sociétés comme Hysacam.

Pourtant, dès janvier 2026, un constat amer s’imposait : « 8 mois après la tenue des états généraux, aucune ligne ne semble avoir bougé dans la gestion des ordures en milieu urbain ».

Des villes toujours sous pression

Un an plus tard, le visage des cités camerounaises a-t-il vraiment changé ? La réponse est mitigée.

Dans les artères principales de Douala et Yaoundé, le ramassage semble plus régulier. Mais dans les quartiers périphériques, les montagnes d’ordures sont toujours là. Les causes sont connues : retards de paiement des prestataires, manque de bacs adaptés, et une croissance urbaine que les services peinent à suivre.

Les initiatives locales tentent de prendre le relais. Des startups transforment les déchets en pavés écologiques ou en compost. Quelques municipalités s’engagent dans l’économie circulaire. Mais ces efforts restent isolés. L’industrialisation du secteur tarde à voir le jour.

L’incivisme, un fléau persistant

Les campagnes de sensibilisation du MINHDU n’ont pas suffi à éradiquer les mauvaises habitudes. Jeter ses ordures dans les caniveaux ou sur les terrains vagues reste un réflexe pour de nombreux citoyens. Ce comportement mine les efforts des pouvoirs publics et alourdit la facture de la salubrité.

Une feuille de route qui peine à sortir des cartons

Pourtant, des solutions existent. La feuille de route issue des États généraux prévoit des mesures concrètes. Création d’un compte spécial pour financer le ramassage. Refonte du système de financement. Renforcement des sanctions contre les pollueurs.

Mais leur mise en œuvre patine. Les lourdeurs administratives, les rivalités entre communes et le manque de moyens freinent l’avancée des réformes. Les Camerounais attendent des actes, pas des discours.

Un an après, la volonté politique est là

Le « non du Chef de l’État à l’insalubrité » reste une boussole pour le gouvernement. La ministre Ketcha Courtes multiplie les déplacements sur le terrain. Elle ordonne des opérations coup de poing. Elle sollicite l’appui de partenaires techniques comme la fondation Veolia.

Mais ces efforts, pour louables qu’ils soient, peinent à produire des effets durables. Les villes camerounaises ont besoin d’une politique cohérente, d’investissements massifs et d’une véritable implication des citoyens.

L’urgence d’agir

Un an après les États généraux, le Cameroun urbain se trouve à un tournant. La prise de conscience est réelle. Les solutions sont connues. Mais le passage à l’action reste le maillon faible.

Les populations ne demandent qu’à voir des résultats. Elles veulent des villes propres, où il fait bon vivre. Le gouvernement a montré sa volonté. Il lui reste à prouver sa capacité à transformer cette volonté en réalité concrète. L’avenir de la salubrité au Cameroun se joue maintenant.

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