Extrême-Nord : un chef de village et deux notables arrêtés pour un braquage à la Kalachnikov.

La scène de crime, digne d’un film policier, s’est déroulée au cœur de la nuit dans le calme village de Sakawo, dans le département du Mayo-Kani. Il est environ 1 heure du matin lorsque M. Moussa Younoussa, paisiblement installé auprès de son épouse, voit sa tranquillité voler en éclats. Un violent fracas retentit : la porte de son domicile est littéralement éventrée.

Quatre malfrats cagoulés, brandissant une Kalachnikov, font irruption dans la chambre. Sans un mot, ils ordonnent à l’époux de quitter sa femme et de révéler le code de son coffre-fort. Désorienté, M. Moussa tente de comprendre la situation, mais deux gifles puissantes le projettent dans la pièce voisine où se trouve le précieux meuble. Sous la menace de l’arme automatique qui oscille sous son boubou, le chef de famille, tétanisé, prétend avoir oublié le mot de passe.

Pour raviver sa mémoire, les criminels n’hésitent pas à employer la manière forte. Ils rouent de coups son épouse et ses enfants, dont les cris déchirent le silence de la nuit. Cette pression insoutenable finit par avoir raison des résistances de M. Moussa : le coffre s’ouvre, révélant la somme de 4 millions de FCFA.

Une somme qui ne satisfait pas les assaillants. Selon les déclarations rapportées, ceux-ci s’emportent : « Kaï ! Kaï ! Ehh Allah ! Cé disse million où il est sisse millions ? Ti a mis ça où ? Wallaye ti va donner ça ! Si ti ne donne pas tu va voir ! » Visiblement, ils étaient venus pour emporter 10 millions. Furieux, ils quittent les lieux en laissant un numéro de téléphone, exigeant de M. Moussa qu’il vire les 6 millions manquants sous peine de revenir « égorger toute la famille ».

Mais c’est ce numéro de téléphone qui scellera le sort des malfaiteurs. Harcelé par ses agresseurs qui réclament sans cesse leur dû, M. Moussa contacte les forces de l’ordre. Le commissaire de Moulvoudaye, reconnu pour son efficacité comme en témoignent d’autres affaires récentes dans la région, mobilise ses hommes. Le traçage du numéro de téléphone, laissé avec une négligence confondante, conduit les enquêteurs droit sur les auteurs.

Le dénouement de cette enquête est pour le moins surprenant. Les arrestations révèlent un visage inattendu de la délinquance dans l’Extrême-Nord. Parmi les suspects capturés figurent Idrissou Souley, chef du village de Dalewao, Mara Houi, un notable de la chefferie de Doumrou, ainsi qu’un troisième complice. Selon des sources concordantes, l’autorité traditionnelle, pourtant vêtue aux couleurs du parti au pouvoir, n’a pas réussi à tromper la vigilance des policiers. Placé en garde à vue, il refuse obstinément de dénoncer le quatrième membre du gang, toujours en cavale.

Cette affaire choquante soulève de vives interrogations sur l’implication de certaines figures d’autorité dans des actes criminels, dans une région de l’Extrême-Nord déjà éprouvée par l’insécurité. Les trois suspects ont été déférés devant le parquet compétent et répondront de leurs actes devant la justice. L’enquête, quant à elle, se poursuit pour tenter de mettre la main sur le dernier complice en fuite.

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