Enquête exclusive : au cœur de la précarité et de la fronde des agents Mobile Money au Cameroun.

Le secteur du Mobile Money au Cameroun fait face à une crise structurelle profonde. Entre agressions sanglantes, pertes financières massives et zones d’ombre fiscales, la profession de call-boxeur vacille.
Au cœur de cette tourmente, le RENAMMOCA (Réseau National des Agents et Marchands Mobile Money du Cameroun) monte au créneau. Dans cet entretien exclusif, son président national, Étoundi Jean-Jacques, lève le voile sur une réalité économique alarmante.

Insécurité et impunité : le cal quotidien des call-boxeurs

Sur le terrain, les agents Mobile Money ne gèrent pas l’argent des opérateurs. Par conséquent, ils engagent leur propre capital pour faire tourner leurs points de vente.
En juin 2026, un membre du réseau a ainsi déclaré une perte sèche de 3 millions de FCFA suite à une violente agression. Néanmoins, ces incidents ne constituent pas des cas isolés.
« Lorsqu’un agent perd un million ou trois millions de francs CFA, c’est parfois toute une vie d’économies qui disparaît », déplore Étoundi Jean-Jacques.
Par ailleurs, l’organisation estime à 40 000 le nombre d’agents et d’emplois directs concernés par cette activité à l’échelle nationale. Pourtant, aucun recensement officiel des agressions n’existe à ce jour.
En outre, les victimes se retrouvent totalement isolées face à des préjudices financiers souvent irréversibles. Comment pérenniser une industrie financière sur le capital des citoyens sans garantir leur sécurité physique ?

Opacité fiscale et simulation choc : où vont les milliards du Mobile Money ?

Au-delà des braquages, la fronde concerne également la fiscalité. Actuellement, les agents non déclarants subissent une retenue de 11 % sur leurs commissions, contre 5 % pour les déclarants.
Cependant, le syndicat dénonce un manque total de transparence. De surcroît, de nombreux travailleurs subissent ces prélèvements mensuels sans jamais recevoir d’attestation de retenue à la source.
À cet égard, une simulation économique du RENAMMOCA donne le vertige :
  • Sur une base de 40 000 agents,
  • Avec une commission brute journalière de 10 000 FCFA sur 26 jours,
  • Le volume global atteint 10,4 milliards de FCFA de commissions par mois.
  • Une retenue potentielle de 11 % représenterait ainsi plus de 1,3 milliard de FCFA par mois, soit près de 13,7 milliards de FCFA par an.
Dès lors, une question brûlante demeure : où vont ces milliards prélevés ? Le président national exige des réponses claires de la part de la Direction générale des Impôts et des opérateurs télécoms.

Contrats flous, abus de confiance et bras de fer avec les opérateurs

En plus des ponctions fiscales, les partenaires du secteur multiplient les pratiques décriées. D’une part, certains réseaux font signer des contrats aux agents sans leur en remettre une copie. D’autre part, les opérations de reversal (annulation de transactions) dépouillent régulièrement les marchands de bonne foi.
De surcroît, les blocages de comptes abusifs persistent, à l’instar d’une puce Orange Money bloquée depuis février 2025 avec un solde gelé de 400 463 FCFA.
Face à cette impasse, le RENAMMOCA a enclenché une première phase de boycott des transactions « Good Deal ». Si le gouvernement et les entreprises de télécommunications campent sur leurs positions, d’autres mouvements de grève pourraient paralysés le secteur.

Vers un dialogue tripartite incontournable

En conclusion, le mot d’ordre du syndicat est sans appel : transparence et justice fiscale.
Pour sortir de cette crise, le RENAMMOCA réclame des mesures d’urgence :
  1. Un audit national des prélèvements fiscaux de 5 % et 11 %.
  2. La revalorisation des commissions et la sécurisation des transactions.
  3. La mise en place d’une rencontre tripartite entre le Ministère des Finances, les opérateurs et les syndicats.
L’État camerounais saura-t-il entendre la détresse de ces milliers d’acteurs de l’inclusion financière avant l’embrasement total du marché ?
Quelle est, selon vous, la responsabilité directe des opérateurs de téléphonie mobile dans la protection des fonds propres de leurs agents au Cameroun ?

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