Transformer chaque décès survenu au Cameroun en acte d’état civil et en donnée statistique exploitable. Telle est l’ambition de « Cameroon Memoria », une plateforme numérique présentée le 26 août 2026 à Yaoundé.
La cérémonie s’est déroulée au Centre de Coordination des Opérations d’Urgence de Santé Publique (COUSP). Placée sous la présidence du Secrétaire général du MINSANTE, le Pr Louis Richard NJOCK, la rencontre a réuni les responsables du ministère de la Santé, du Bureau National de l’État Civil (BUNEC) et de la société 2B Memoria SARL.
L’enjeu est de taille : améliorer la captation et la disponibilité des données relatives aux décès. Car aujourd’hui, de nombreux décès échappent encore aux circuits officiels d’enregistrement.
Des morts qui disparaissent des statistiques
Le constat est alarmant. Au Cameroun, la complétude de l’enregistrement des décès à l’état civil est estimée à seulement 8,3 %. Une grande partie des décès survenus en communauté ne sont jamais déclarés.
Certains corps transitent directement par les morgues sans être captés par le DHIS2 du MINSANTE. D’autres sont inhumés sans qu’aucun acte officiel ne soit établi.
Ces « oubliés » des statistiques fragilisent l’élaboration des politiques publiques. Sans données fiables, impossible de connaître avec précision les causes de mortalité ou d’adapter l’offre de soins.
Une réponse numérique aux lacunes du système
Cameroon Memoria se veut une solution pragmatique. La plateforme a pour objectif d’identifier, documenter et intégrer ces décès jusqu’alors invisibles dans les systèmes d’information existants.
Concrètement, les promoteurs proposent d’équiper les morgues et les cimetières municipaux de dispositifs d’enregistrement adaptés. La formation des personnels concernés est également prévue.
L’articulation avec les systèmes déjà en place, comme le DHIS2 du ministère de la Santé ou les bases du BUNEC, fera l’objet d’une attention particulière.
Un projet soutenu par les plus hautes autorités sanitaires
Dans son discours d’ouverture, le Pr Louis Richard NJOCK a salué une initiative qui « intervient à point nommé ». Le MINSANTE est en effet résolument engagé dans une meilleure identification des causes de décès.
La publication récente du premier rapport sur les causes de décès en milieu hospitalier en est une illustration éloquente. Cameroon Memoria pourrait contribuer à enrichir ce travail en apportant des données jusqu’alors manquantes.
Pour le Secrétaire général, l’enjeu dépasse le seul cadre sanitaire. Des données vitales plus complètes et plus cohérentes entre les systèmes du MINSANTE et du BUNEC profiteraient à l’ensemble de la chaîne décisionnelle.
Une expertise belge au service du Cameroun
La promotrice du projet, NGO BIDA Joséphine, n’est pas une novice. Forte d’une quinzaine d’années d’expérience comme Chef de Service de l’État civil dans une commune de Bruxelles, elle maîtrise parfaitement les rouages de l’enregistrement des faits d’état civil.
Avec ses partenaires de 2B Memoria SARL, elle s’est dite prête à accompagner la mise en œuvre de la solution sur le terrain.
Prochaines étapes : un protocole d’accord en préparation
Les échanges ont également porté sur l’examen d’un projet de protocole d’accord entre le MINSANTE, le BUNEC et 2B Memoria SARL. Ce document constituera le préalable à une collaboration structurée entre les différentes parties.
Les prochaines semaines permettront de préciser les modalités pratiques de son déploiement à l’échelle nationale.



