Bryan Fombor, six ans après : L’assassinat qui continue de hanter le Cameroun

Yaoundé, dans la nuit du 4 au 5 juin 2020, un jeune homme de 27 ans perdait la vie dans des circonstances troubles au carrefour Omnisports. Six ans après les faits, l’affaire Bryan Fombor charrie encore beaucoup d’interrogations.

Ce soir-là, il est tard lorsque Bryan Fombor, fils unique et figure bien connue de la jet-set de Yaoundé, se retrouve au niveau de la station Texaco d’Omnisports. Il est en compagnie d’une jeune femme, Ivana Obama Essomba, ancienne animatrice de la chaîne Vision 4.

Soudain, des hommes à moto surgissent. Bryan Fombor est poignardé. Il succombera à ses blessures.

Ce qui aurait pu passer pour un banal fait divers, une agression nocturne qui tourne mal, va rapidement révéler des zones d’ombre troublantes.

Le récit qui ne tient pas debout

La nuit même des faits, Ivana Essomba livre sa version au commissariat. Le couple aurait été attaqué par des « motomen » cherchant à les dépouiller. Elle-même n’aurait eu la vie sauve qu’en se débattant et grâce à une intervention providentielle.

Pourtant, plusieurs éléments fragilisent rapidement ce récit.

D’abord, la jeune femme sort indemne de l’agression. Pas une égratignure. Son téléphone est intact. Et ce, alors qu’on évoque plus de trois agresseurs. Comment aurait-elle pu résister seule en se débattant, tandis que Bryan, pourtant plus robuste, n’y serait pas parvenu ?

Ensuite, et surtout, les images des caméras de vidéosurveillance contredisent frontalement certaines de ses déclarations.

Détail troublant : Bryan Fombor avait sur lui une forte somme d’argent. Une somme qui n’a pas été touchée.

Pour les enquêteurs, l’hypothèse du guet-apens s’impose. L’objectif des assaillants n’était pas le vol, mais l’élimination pure et simple du jeune homme.

Une enquête qui bifurque

Ivana Essomba est arrêtée quelques semaines après le meurtre. Puis rapidement relaxée. Pourtant, aux yeux des enquêteurs, elle devient la principale suspecte.

Après dix-huit mois d’instruction et une cinquantaine d’interrogatoires, le procès s’ouvre en avril 2022. Il se tient devant le Tribunal de Grande Instance du Mfoundi.

Huit personnes comparaissent pour complicité d’assassinat. Parmi elles, Ivana Obama Essomba, mais aussi André Agladala, Djingui Djamo, Salomon Hamada, Maxim Nailengarti, Patrick Nde Mouaffo, Gustave Mbida et Armel Amborira.

Le ministère public soutient que les accusés s’étaient concertés pour éliminer Bryan Fombor.

La défense, elle, dénonce un dossier insuffisamment instruit. Elle plaide l’innocence de ses clients.

Un verdict qui divise

Le 12 juillet 2023, après plus de trois ans d’attente, le Tribunal de Grande Instance de Yaoundé Centre Administratif rend son verdict.

La décision surprend. Ivana Obama Essomba est acquittée au bénéfice du doute. André Agladala et Djingui Djamo, eux, sont reconnus coupables d’assassinat et de complicité d’assassinat.

Notons qu’un des accusés est décédé en détention.

Détenus à la prison centrale de Kondengui depuis juillet 2020, les deux condamnés y auront passé près de trois années avant le jugement.

L’avocat de la famille Fombor attaque aussitôt l’acquittement d’Ivana Essomba. Pour les proches de Bryan, la décision judiciaire ne correspond pas à la vérité des faits.

Esther Fombor brise le silence

La mère de Bryan attend toujours que justice soit pleinement rendue à son fils unique. Esther Fombor est catégorique.

Pour elle, la mort de son fils est le résultat d’un assassinat prémédité. Elle affirme que, le jour du drame, Ivanna Essomba cherchait à joindre Bryan avec insistance. Elle l’aurait appelé une vingtaine de minutes avant sa mort afin qu’ils se rencontrent.

Elle souligne également que c’est cette même Ivanna qui l’a contactée pour lui annoncer le décès de son fils. Le corps de Bryan avait été abandonné sur la chaussée au quartier Omnisports.

Plus troublant encore : selon Esther Fombor, un certain Salomon, présenté comme l’un des présumés auteurs du meurtre, aurait manifesté l’intention de révéler la vérité. Il serait mort avant de pouvoir parler, dans des circonstances qu’elle juge troublantes, alors qu’il était détenu en prison.

Des zones d’ombre persistantes

Six ans après la mort de Bryan Fombor, les interrogations demeurent.

L’acquittement de celle que les enquêteurs considéraient comme la principale orchestratrice du crime continue de faire débat.

Cette affaire, dont les ramifications allaient, selon la presse camerounaise, du showbiz aux sphères politiques, n’a peut-être pas encore révélé toutes ses vérités.

Le nom du sulfureux homme d’affaires Amougou Belinga, aujourd’hui derrière les barreaux, a très souvent été cité par l’opinion publique.

Le temps passe, mais la douleur reste. Et pour la mère de Bryan, une seule certitude subsiste : son fils n’a pas été victime d’un simple vol qui a mal tourné. Il a été assassiné. Et la vérité, elle en est convaincue, finira par éclater.

En attendant, l’affaire Fombor demeure l’un des dossiers criminels les plus énigmatiques de l’histoire judiciaire récente du Cameroun. Un dossier où chaque réponse semble en cacher dix autres.

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