Affaire Martinez Zogo au Cameroun : Paul Biya a demandé des explications à Joseph Beti Assomo.

Le ministre délégué à la Défense a subi une audition tendue à la présidence de la République. En cause : des contacts suspects avec plusieurs acteurs clés du dossier Martinez Zogo. Révélations sur une affaire qui secoue l’appareil d’État.

Le chef de l’État camerounais, Paul Biya, a convoqué d’urgence son ministre délégué à la Défense en début de semaine. Joseph Beti Assomo a dû s’expliquer directement devant la présidence. L’entretien a porté sur ses liaisons supposées avec des figures centrales de l’affaire Martinez Zogo, ce journaliste enlevé puis assassiné en janvier 2023. Le Tribunal militaire de Yaoundé poursuit un long procès sous haute tension.

Des enregistrements audio secrets agitent le Palais

Le Palais d’Étoudi concentre son attention sur deux enregistrements audio explosifs issus de l’enquête. Le premier fichier dure onze minutes. L’enregistrement capte une conversation entre le lieutenant-colonel Ayissi Nanga, témoin clé, et Martin Savom, incriminé dans l’affaire. L’officier s’était présenté spontanément au tribunal militaire quelques jours plus tôt. Il exigeait alors de témoigner en urgence et affirmait craindre pour sa vie.
L’officier exprime une vive inquiétude au fil du dialogue. Il avoue son insomnie depuis qu’il sait « le vieux » fâché contre lui. Ce surnom désigne Ferdinand Ngoh Ngoh, le puissant secrétaire général de la présidence. Le militaire redoute d’apparaître comme témoin officiel et lance : « Je ne veux même pas qu’on m’appelle là-bas ».
Martin Savom tente de le rassurer et évoque des soutiens au sommet. Il mentionne des démarches directes avec le ministre de la Défense : « Il m’a dit qu’il attend la fin des auditions des témoins. Même ce matin, j’ai parlé avec lui. » L’armée a brièvement arrêté le lieutenant-colonel Ayissi Nanga le 18 octobre 2026 à Yaoundé, avant de le relâcher.

Un curieux échange téléphonique et un document disparu

Le second enregistrement contient un message vocal destiné à Martin Savom. L’agent de renseignement Alain Ekassi y recadre fermement son interlocuteur. Il affirme sa proximité avec Martinez Zogo et rejette toute implication dans ces manœuvres. Il dénonce surtout la disparition mystérieuse d’un document confidentiel transmis à la légion de gendarmerie du Centre.
Ce rapport manquant révélait un transfert financier de 15 milliards de F CFA. Alain Ekassi accuse Martin Savom et le colonel Jean-Pierre Otoulou d’avoir effacé cette preuve. Le colonel Otoulou menait pourtant les investigations initiales sur l’assassinat. La juge d’instruction réclame toujours ce document décisif à la gendarmerie.

Une position affaiblie au sommet de l’État

Les écoutes ne constituent pas le seul grief de la présidence. Nos sources révèlent que Joseph Beti Assomo a contacté directement l’homme d’affaires Jean-Pierre Amougou Belinga. Le patron de presse reste incarcéré depuis 2023 pour son rôle présumé dans le crime. Le ministre a mené cet échange sans aucun intermédiaire.
Paul Biya a fermement ordonné à son ministre de cesser toute ingérence dans la procédure judiciaire. Le président a exigé la libération immédiate du lieutenant-colonel Ayissi Nanga et le strict respect du calendrier des auditions.
Ces interventions affaiblissent la position de Joseph Beti Assomo. Sa relation avec Ferdinand Ngoh Ngoh atteint un point de rupture. Le secrétaire général de la présidence prépare une manœuvre tactique. Il souhaite proposer Galax Yves Landry Etoga, actuel secrétaire d’État à la Défense chargé de la gendarmerie, pour le remplacer lors du prochain remaniement.
Cette rivalité s’inscrit dans une guerre des clans ouverte au sein du pouvoir. Les tensions entre Joseph Beti Assomo et Landry Etoga se sont intensifiées ces derniers mois. Le ministre de la Défense a même suspendu la délégation de signature de son secrétaire d’État en juin dernier, après un conflit frontal sur les affectations d’officiers.
Quelle suite souhaitez-vous donner à cet article ? Nous pouvons approfondir le profil de l’un des protagonistes ou rédiger un angle d’analyse politique sur ce remaniement à venir.

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