Une prédicatrice autoproclamée a collecté plus de 60 millions de francs CFA auprès de dizaines de fidèles à Yaoundé. Elle leur promettait des visas pour l’Europe et le Canada. Depuis, elle est introuvable.
Le rêve d’ailleurs vire au cauchemar pour de nombreux Camerounais. Une responsable religieuse, identifiée comme Sœur Bibono Germaine, est au cœur d’une affaire de disparition de fonds qui secoue la capitale.
Un groupe WhatsApp pour orchestrer la collecte
Pour mener à bien son projet, la religieuse aurait créé un groupe WhatsApp baptisé « Mon voyage Sainte Rita ». Basé à Yaoundé, ce canal servait de vitrine pour ses promesses. Elle y affirmait pouvoir faciliter les départs vers l’eldorado européen ou canadien grâce à « l’onction de l’Esprit Saint ».
Séduits par ce mélange de foi et d’opportunité, des dizaines de fidèles ont versé leurs économies. Au total, la cagnotte dépasse les 60 millions de FCFA. Certains ont même vendu leurs biens ou contracté des dettes pour financer ce voyage promis.
Des promesses divines, une réalité amère
Les semaines ont passé. Aucun avion n’a décollé. Face aux inquiétudes, Sœur Bibono Germaine a changé de ton. Elle invitait ses « clients » à la patience, leur rappelant que l’Éternel est le « pilote ultime ».
Puis, plus rien. La femme au foulard bleu est devenue injoignable. Selon des sources locales, elle aurait brièvement réapparu au Secrétariat d’État à la Défense (SED) à Yaoundé, avant de disparaître à nouveau.
Un phénomène qui interpelle
Ce type d’escroquerie, mêlant foi et promesses migratoires, n’est pas isolé en Afrique centrale. Il exploite la détresse économique et le désir légitime d’émigration. Le lanceur d’alerte N’zui Manto a d’ailleurs créé une rubrique dédiée pour documenter ces dérives, qu’il qualifie de « schéma ».
Si aucune plainte officielle n’a encore été confirmée, plusieurs voix s’élèvent pour réclamer une enquête approfondie. Les victimes, qui ont souvent sacrifié leurs économies de toute une vie, réclament justice. Elles espèrent simplement récupérer une partie de leur argent.
Cette affaire rappelle douloureusement les dangers des réseaux d’émigration informelle. Dans un contexte de chômage et de difficultés économiques, l’aspiration à l’exil reste un terreau fertile pour les manipulations.