Au Cameroun, la communion insolite d’un prêtre avec un enfant divise les fidèles sur la toile.

Yaoundé – Scène quasi biblique ou entorse à la liturgie ? Ce dimanche, dans une paroisse camerounaise, le père Mani Ebene a offert aux réseaux sociaux un moment d’évangile en actes. Alors qu’il s’apprêtait à distribuer l’eucharistie, le célébrant a trouvé un jeune enfant confortablement installé sur son siège présidentiel. Sans sommation, sans geste brusque, le prêtre a saisi une chaise voisine et poursuivi la messe, comme si de rien n’était.

La séquence, filmée par un paroissien, est devenue virale en quelques heures. Les commentaires fusent, partagés entre l’admiration et la perplexité.

« Un pasteur selon le cœur du Christ », s’enthousiasme un internaute, saluant l’humilité et la douceur d’un ministre qui préfère s’effacer plutôt que de troubler l’innocence d’un enfant. Pour cette frange de l’opinion, le geste incarne parfaitement la parole évangélique : « Laissez les petits enfants venir à moi ».

Mais l’autre camp grogne. « Le siège du célébrant n’est pas un jouet », tonne un fidèle. À ses yeux, le père Mani Ebene aurait dû rappeler, avec bienveillance mais fermeté, le respect dû à l’autel et aux symboles liturgiques. « C’est une question de formation et de transmission », argue un commentateur, craignant que cette tolérance n’ouvre la porte à d’autres familiarités dans l’espace sacré.

Interrogé par nos soins, un vicaire général d’un diocèse voisin, sous couvert d’anonymat, nuance : « La liturgie a ses règles, mais l’Église est aussi une mère. L’intelligence pastorale consiste à peser le moment, le lieu et la personne. Sur ce terrain, le père Mani a choisi la pédagogie du geste plutôt que celle de la parole. »

De fait, la scène interroge moins sur la discipline que sur la pédagogie de l’autorité en Afrique subsaharienne, où la place du chef demeure souvent intangible. En cédant son siège, le prêtre a brouillé les codes, mais il a peut-être gagné, en une seconde, une leçon de vie que nul sermon n’aurait égalée.

Reste une question : dans une Église camerounaise en quête de renouveau, ce geste est-il une brèche ou une bouffée d’Évangile ? Les cloches ne sont pas près de trancher.

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