Yaoundé, Cameroun – Alors que le président Paul Biya a franchi le cap des 50 jours d’absence du territoire national, la polémique sur une éventuelle vacance du pouvoir continue d’agiter la scène politique camerounaise. Dans une prise de position ferme, le ministre du Travail et de la Sécurité sociale, Grégoire Owona, est monté au créneau pour dénoncer ce qu’il qualifie de « désinformation » et rappeler que le chef de l’État, « salarié de la République », jouit pleinement de son droit aux congés annuels.
Le gouvernement camerounais persiste et signe
L’offensive médiatique du ministre intervient en réaction aux interrogations relayées sur les ondes de RFI et sur divers plateaux télévisés, où des « experts du weekend » et journalistes s’interrogeaient sur l’absence prolongée du président de la République. M. Owona, également secrétaire général adjoint du Comité central du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), parti au pouvoir, a estimé que ces spéculations relevaient d’une « émulation démocratique » et d’une « jouissance légitime de la liberté d’expression » offertes par Paul Biya lui-même.
Toutefois, le ministre a vivement critiqué ce qu’il perçoit comme une campagne de « MENSONGES » orchestrée par certains médias et acteurs politiques, qu’il accuse de relayer des « commanditaires tapis dans l’ombre ».
L’argument juridique : le président est un « travailleur »
Pour appuyer sa démonstration, Grégoire Owona a eu recours à une analogie pour le moins originale : celle du droit du travail. Il affirme que le ministre d’État Jacques Fame Ndongo, qui avait précédemment nié toute vacance du pouvoir, « est dans la VÉRITÉ ».
« S.E Paul Biya élu par le peuple Camerounais et payé par lui est un travailleur qui a droit à son congé annuel », a martelé M. Owona, précisant que l’employeur (le peuple) est tenu de le lui accorder. Il ajoute que, comme tout salarié, le président peut bénéficier d’un congé pouvant légalement durer « 80 jours », en référence au Code du Travail. Selon cette logique, l’absence du président hors du territoire, aussi longue soit-elle, ne saurait constituer une vacance du pouvoir, d’autant que le chef de l’État continue, selon le gouvernement, de signer des décrets « régulièrement voire presque tous les jours ».
Une controverse persistante à Yaoundé
La sortie de Grégoire Owona intervient dans un climat de vive tension politique. Parti de Yaoundé le 7 juin 2026 pour un « court séjour privé en Europe », Paul Biya, âgé de 93 ans, est sans apparition publique depuis cette date. Cette absence égale désormais le record de 50 jours établi lors d’une précédente disparition médiatique à l’automne 2024.
L’opposition, de son côté, ne désarme pas. Le Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC) a dénoncé un « exil de fait » et un « Cameroun gouverné en télétravail clandestin ». Le Social Democratic Front (SDF) évoque un « pilotage automatique de l’État », tandis que des figures comme le député Jean-Michel Nintcheu ont officiellement saisi le Conseil constitutionnel pour qu’il constate la vacance du pouvoir.
Le flou autour de la succession
Ce nouveau débat sur la vacance du pouvoir met en lumière les zones d’ombre de la révision constitutionnelle adoptée en avril 2026. Celle-ci a réintroduit le poste de vice-président de la République, une fonction supposée garantir la continuité de l’État en cas d’absence ou d’empêchement du président. Or, près de trois mois après son adoption, ce poste stratégique demeure vacant, ajoutant à l’incertitude politique.
Alors que les rumeurs sur l’état de santé du président et les spéculations sur son retour vont bon train, le gouvernement camerounais, par la voix de ses ministres, maintient une ligne de défense axée sur la continuité administrative et le droit commun, tentant ainsi de désamorcer une polémique qui ne faiblit pas.