Trump et le troisième mandat : quand la démocratie américaine vacille.

La démocratie américaine, depuis George Washington, repose sur un principe intangible : le rejet d’un troisième mandat pour tout président en exercice. Une règle jamais violée, à l’exception des circonstances exceptionnelles de 1945 liées à la Seconde Guerre mondiale. En évoquant une candidature pour 2028, Donald Trump bouscule cette tradition séculaire et ternit l’image d’une Amérique démocratique attachée à l’alternance du pouvoir.

« America First » devient « Trump First »

Lors du dîner des correspondants de la Maison-Blanche, le président américain a surgi avec une casquette rouge arborant l’inscription « Trump 2028 ». « Comme ma présidence, la seconde fois est toujours meilleure – et la troisième fois sera encore meilleure », a-t-il lancé, avant d’ajouter : « Je plaisante ». Mais ces déclarations, répétées à au moins dix-huit reprises depuis mars 2025, oscillent entre humour et escalade sérieuse.

Le 22e amendement de la Constitution, ratifié en 1951, limite pourtant strictement à deux le nombre de mandats présidentiels. Pourtant, l’entourage du président alimente le flou. Le chef de cabinet Susie Wiles affirme que Trump n’est « pas sérieux », tandis que le stratège Steve Bannon promet une stratégie qui sera dévoilée « au moment opportun ». Un député républicain, Andy Ogles, a même proposé un amendement constitutionnel qui permettrait à Trump, mais pas à ses prédécesseurs, de briguer un troisième mandat.

« Trump a passé la majeure partie de son second mandat à faire en sorte que personne ne puisse être certain s’il plaisante vraiment », analyse un ancien collaborateur de la Maison-Blanche. Ce flou stratégique paralyse la planification républicaine et place le parti dans l’expectative. Le célèbre slogan « America First » se mue insidieusement en « Trump First ».

Une administration en état de guerre permanent

L’escalade verbale du président américain s’accompagne d’une radicalisation de son administration. Le 28 février 2026, Donald Trump annonçait la mort du guide suprême iranien, Ali Khamenei, lors d’une opération militaire conjointe américano-israélienne. « Khamenei, l’une des personnes les plus maléfiques de l’histoire, est mort », a déclaré le président.

Dans la foulée, le Département de la Défense s’est vu rebaptiser, par décret exécutif, « Département de la Guerre » – un nom abandonné depuis 1947. Le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, que Trump appelle désormais « secrétaire de la guerre », promet une approche fondée sur une « létalité maximale » qui ne sera pas « politiquement correcte ». Le site du Pentagone est passé de « defense.gov » à « war.gov ».

Quant au secrétaire d’État Marco Rubio, décrit comme « méconnaissable » par les observateurs, il est aujourd’hui à la manœuvre des campagnes agressives de l’administration Trump pour remodeler les gouvernements d’Iran, du Venezuela et de Cuba. Il a récemment promis de « démanteler » la Cour pénale internationale.

Le détroit d’Ormuz, pomme de discorde

Celui qui se présente comme le gardien du détroit d’Ormuz a promis des représailles disproportionnées : pour chaque navire attaqué par l’armée iranienne, un pont ou un lieu vital sur le sol iranien serait détruit. Les frais supplémentaires et les dommages causés seraient payés par le contribuable iranien à travers les avoirs gelés par le Trésor américain.

Les tensions atteignent leur paroxysme. L’Iran a menacé d’une riposte « puissante et décisive », tandis que Trump ordonne à la marine américaine d’abattre sans hésitation tout bateau iranien qui poserait des mines. Le nouveau guide suprême iranien, Mojtaba Khamenei, a juré de venger la mort de son père.

Le prix Nobel de la paix ou la guerre ?

L’aspirant au prix Nobel de la paix est en train de devenir, sous nos yeux et sans que personne au G7 n’ose s’y opposer, le président américain le plus va-t-en-guerre de l’histoire. Obsédé par l’or, il a transformé le bureau ovale en coffre-fort.

« Au départ, c’était amusant », écrit notre éditorialiste. « Mais quand cela refuse de s’arrêter, cela devient inquiétant. » Alors que Trump bombarde l’Iran pour la deuxième nuit consécutive, il déclare mériter le prix Nobel de la paix « plus que quiconque ». Une contradiction qui résume l’ambiguïté d’une présidence où la provocation et la menace semblent être devenues la norme.

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