Le chef du gouvernement camerounais a posé ses valises dans la capitale régionale du Nord-Ouest ce mercredi 14 octobre 2026. Objectif affiché : relancer le dialogue communautaire et inspecter les projets de développement dans une région minée par dix ans de crise anglophone.
L’accueil a été chaleureux à Matazem, à l’entrée de la ville. Les groupes de danse traditionnelle se sont mobilisés. Les comités de soutien du RDPC ont répondu présents. Pourtant, derrière les tambours et les couleurs du parti, la réalité du terrain reste sombre. La route est encore coupée certaines nuits. Des familles attendent toujours de savoir si elles pourront cultiver cette saison.
Un dialogue communautaire pour sortir de la crise
Joseph Dion Ngute rencontrera les différentes composantes sociologiques du Nord-Ouest. Autorités régionales, chefs traditionnels, chefs religieux et organisations de la société civile sont attendus autour de la table. Le message du gouvernement est clair : encourager les combattants séparatistes à déposer les armes et favoriser un retour à la paix.
Cette initiative intervient après celle menée à Buea le 28 septembre 2026. Dans la capitale du Sud-Ouest, le Premier ministre avait déjà lancé une démarche similaire. Vingt-cinq anciens combattants séparatistes avaient alors été présentés aux autorités.
Toutefois, les observateurs restent prudents. La question centrale demeure : avec qui le gouvernement compte-t-il réellement dialoguer ? Les leaders séparatistes emprisonnés ne sont pas à la table des négociations. Les combattants actifs dans les bush non plus.
Inauguration du siège régional de la douane
En marge du dialogue, Joseph Dion Ngute profitera de sa présence à Bamenda pour inaugurer le siège régional de la douane. Ce bâtiment figure parmi les infrastructures prioritaires du programme gouvernemental dans la région.
Le chef du gouvernement inspectera également plusieurs autres projets. Figurent sur la liste : les nouveaux bureaux du médiateur indépendant, les locaux de l’Assemblée régionale du Nord-Ouest, l’hôpital de district de Mankon récemment construit, le nouveau marché de Bamenda I et des chantiers routiers.
Ces visites traduisent une volonté politique. Le gouvernement veut démontrer que le développement avance malgré un contexte sécuritaire fragile.
Une région toujours sous tension
La visite du Premier ministre se déroule dans un climat tendu. Le mois de septembre 2026 a été marqué par une recrudescence des attaques dans les deux régions anglophones. Le 8 septembre, cinq enseignants avaient été enlevés à Wum, dans le département de la Menchum, avant d’être libérés le lendemain.
Le 25 septembre, le principal d’un lycée public a été blessé par balle lors d’une tentative d’enlèvement dans la banlieue de Bamenda. Les groupes armés séparatistes continuent d’imposer des couvre-feux et de menacer les familles qui envoient leurs enfants à l’école.
Les attentes des populations restent donc élevées. Après près d’une décennie de conflit, les habitants du Nord-Ouest attendent des avancées concrètes. Sécurité, retour des déplacés, réouverture complète des établissements scolaires, relance économique.
Un impact qui dépendra des actes
Le Premier ministre l’a lui-même reconnu lors de son passage à Buea. « Le dialogue entre les communautés ne doit pas se transformer en une nouvelle série de réunions où l’on discute et se serre la main avant de rentrer chez soi », avait-il déclaré. « Le dialogue doit produire des résultats tangibles ».
La portée de cette visite à Bamenda dépendra donc moins des annonces que de leur mise en œuvre. Les initiatives de dialogue ne produiront des effets durables que si elles s’accompagnent de mesures concrètes pour améliorer le quotidien des habitants.
Joseph Dion Ngute passera la nuit à Bamenda. Il lancera officiellement le dialogue communautaire ce jeudi 15 octobre. Nous y reviendrons.



