Ils ont quitté le pays, mais ne l’ont jamais oublié. Pourtant, ces milliers de Camerounais de l’étranger qui rêvent de contribuer au développement national se heurtent à un mur d’absurdités administratives. Récit d’un gâchis économique et d’un appel à la raison.
Le lien qui unit la diaspora camerounaise à sa patrie ne s’est jamais rompu. Bien au contraire. Dans les salons de Paris, les bureaux de New York ou les universités de Londres, nombreux sont ceux qui nourrissent encore l’ambition de rentrer au bercail pour investir, transmettre leur savoir-faire et participer à l’édification nationale. Pourtant, ce désir se heurte à une réalité brutale.
Après des années d’épargne et de préparation, les projets avortent. Les investisseurs potentiels, souvent issus de la deuxième ou troisième génération, déchantent face à des procédures interminables, une insécurité juridique persistante et, parfois, des pratiques d’escroquerie qui transforment l’enthousiasme en amertume. Dans les coulisses de l’économie, combien de dossiers dorment-ils dans des tiroirs ? Combien de capitaux ont-ils renoncé à traverser l’Atlantique ?
Chaque projet qui échoue n’est pas une simple déception personnelle. C’est une usine qui ne verra pas le jour, des emplois qui ne seront pas créés et une richesse qui ne sera pas générée pour les populations locales. Le coût est immense, et il est silencieux.
La diaspora ne réclame ni passe-droits ni privilèges. Elle exige simplement un cadre transparent : des règles claires, une administration efficace et la garantie de la protection des investissements. Le Cameroun ne peut plus se permettre de tourner le dos à cette ressource stratégique.
Le chaînon manquant du développement
Au-delà des larmes et des frustrations, c’est la vision même du développement qui est en jeu. Faire revenir la diaspora, ce n’est pas seulement accueillir des individus ; c’est attirer des compétences pointues, des technologies de pointe et des capitaux frais. C’est injecter du sang neuf dans le tissu économique. Mais pour cela, il faut une confiance réciproque. Une confiance qui ne se décrète pas, mais qui se construit par la bonne gouvernance et le respect des entrepreneurs.
Pourtant, dans l’espace public, le débat économique semble parfois passé au second plan. On célèbre plus facilement les querelles politiques que les réussites entrepreneuriales. On décourage les investisseurs en les percevant comme des adversaires, alors qu’ils devraient être les partenaires stratégiques d’un État en quête de recettes fiscales pour financer les écoles et les hôpitaux.
Le patriotisme de l’action
Le véritable patriotisme, à l’ère de la mondialisation, ne consiste pas uniquement à aimer son drapeau. Il consiste à créer de la valeur, à innover et à offrir des solutions à son peuple. L’entreprise est le moteur de cette transformation. Là où les entreprises prospèrent, les familles vivent mieux, les jeunes trouvent des opportunités et l’État perçoit les revenus nécessaires à l’investissement public.
Il est urgent de changer de logiciel. Faciliter la création d’entreprises, sécuriser les investissements et simplifier les procédures administratives doivent devenir des priorités nationales. Un pays qui néglige ses entrepreneurs retarde inévitablement son propre développement.
Le défi n’est donc pas de convaincre la diaspora d’aimer le Cameroun, car elle l’aime déjà. Le véritable défi est de lui donner des raisons tangibles d’y investir en toute confiance. Ouvrons enfin les portes à nos compatriotes. Ils ne demandent qu’une chose : contribuer à bâtir un Cameroun plus prospère, plus moderne et plus fort. Le développement n’est pas un slogan, c’est un travail quotidien qui passe par le dynamisme de son secteur privé.