Bangui, 12 octobre 2026. Ce lundi, la capitale centrafricaine retient son souffle. Une journée « ville morte » paralyse les artères principales. Les moto-taxis, fer de lance du transport urbain, sont appelés à cesser le travail. Pourtant, à la station Total des Martyrs, une scène insolite se joue. Le gouvernement distribue des bons de carburant de 5 000 FCFA. Un geste qui passe mal.
Une charité de façade qui ne trompe personne
Sur le papier, l’initiative ressemble à un geste social. Dans les faits, elle ressemble à une opération de communication. Le gouvernement n’a pas l’intention de baisser le prix du carburant. Il préfère offrir des miettes plutôt que de s’attaquer au mal profond. Cette stratégie vise à acheter la paix sociale. Elle vise aussi à diviser les moto-taxis, en les opposant à la journée de protestation.
Pourtant, la colère monte. Depuis le 1er octobre 2026, le litre d’essence est passé de 1 050 à 1 150 FCFA pour les particuliers. Le gasoil a bondi de 1 250 à 1 400 FCFA. Pour les gros consommateurs, la facture est encore plus salée : 1 500 FCFA le litre d’essence, 1 650 FCFA le gasoil. Cette troisième hausse en trois ans étrangle une population déjà exsangue.
La vraie question : à quand des réformes structurelles ?
Le gouvernement justifie cette flambée par la crise mondiale. La ministre de l’Énergie, Edwige Opportune Pouninguinza, évoque la tension au Moyen-Orient. Mais cette explication ne tient pas. La Centrafrique est un pays enclavé, dépendant des importations via le port de Douala. Les coûts logistiques pèsent lourd. Pourtant, aucune réforme structurelle n’est engagée pour desserrer l’étau.
En parallèle, la répression guette. La société civile appelle à une journée « ville morte » pour exiger l’annulation de la hausse. Les organisateurs qualifient la mesure de « socialement injuste » et de « braquage contre le peuple ». Ils réclament un prix du carburant sous les 900 FCFA. Face à eux, le syndicat des moto-taxis préfère le dialogue. Son président, Marcel Nzapayembi, refuse la grève. « Si nous cessons de travailler, avec quelles économies allons-nous vivre ? » s’interroge-t-il.
Une distraction qui achève le peuple
La distribution de bons à la station Total des Martyrs n’est pas un acte de solidarité. C’est une manœuvre. Elle vise à casser la mobilisation. Elle vise à faire oublier l’essentiel. Le pouvoir préfère la charité spectacle aux réformes courageuses. Il préfère éteindre les incendies au lieu de s’attaquer aux causes.
Les Centrafricains ne s’y trompent pas. Dans les files d’attente, la colère gronde. Les conducteurs de moto-taxi comme Éric Pavel, croisé en panne sèche, soutiennent la ville morte. « Je n’ai pas les moyens d’acheter du carburant à ce prix-là », confie-t-il. Son témoignage résume la détresse d’un peuple asphyxié.
À quand de vraies réformes ?
La question reste en suspens. Le gouvernement n’a pas l’intention de baisser le prix du carburant. Il préfère acheter la paix avec des bons de 5 000 FCFA. Mais cette stratégie est vouée à l’échec. Elle ne règle rien. Elle ne fait que reporter l’explosion sociale.
La Centrafrique a besoin de réformes. Elle a besoin d’une politique énergétique transparente. Elle a besoin de la publication détaillée de la structure des prix. Elle a besoin de concertation avec la société civile et les syndicats. Sans ces réformes, la colère continuera de couver. Et un jour, elle finira par emporter ceux qui croient pouvoir l’acheter avec des miettes.



