Laurence Tchapong, 54 ans, a été reconnue coupable d’avoir falsifié les registres de surveillance d’une jeune patiente décédée. Le tribunal de Liverpool l’a condamnée à quatre ans de prison et lui a interdit d’exercer dans les hôpitaux britanniques.
Une infirmière camerounaise de 54 ans vient d’être condamnée à quatre ans de prison au Royaume-Uni. Laurence Tchapong exerçait comme infirmière en santé mentale à l’unité de soins intensifs psychiatriques de Brooklands, à Clatterbridge Hospital, sur la péninsule de Wirral, près de Liverpool. Les faits remontent au 30 juin 2022.
Ce soir-là, Laurence Tchapong était l’infirmière-chef de garde. Elle avait la responsabilité de surveiller une patiente de 22 ans, Amy Barber, placée sous observation individuelle. La jeune femme, hospitalisée depuis 2019, présentait un lourd historique de santé mentale et des comportements d’automutilation. Les règles étaient strictes : l’infirmière devait vérifier son état toutes les cinq minutes.
Pourtant, Laurence Tchapong ne s’est pas rendue dans la chambre de la patiente. Selon le Crown Prosecution Service (CPS), elle n’a pas effectué les contrôles requis pendant au moins 24 minutes. C’est une autre infirmière qui a découvert Amy Barber à 20h40, avant de déclencher les procédures d’urgence. La jeune femme a été transportée à Arrowe Park Hospital, où elle est décédée quatre jours plus tard.
Une falsification démasquée par les caméras
Au moment de remplir le registre de fin de service, Laurence Tchapong a pourtant signé que la patiente allait bien. Elle a affirmé avoir effectué les vérifications nécessaires. Interrogée par le tribunal, elle a même précisé être entrée dans la chambre vers 2 heures du matin.
Mais les enquêteurs ont confronté cette déclaration aux images de vidéosurveillance. Les caméras ont montré qu’aucune personne n’était entrée dans la chambre de la patiente à l’heure indiquée. La justice a alors établi que l’infirmière avait délibérément menti dans les registres pour tenter d’échapper aux poursuites.
Un mobile lié à une rancune personnelle
Lors du procès, le juge Anil Murray a révélé un élément aggravant. Laurence Tchapong nourrissait une rancune contre Amy Barber. La jeune patiente avait photographié l’infirmière en train de dormir pendant son service et l’avait signalée à la direction. Cette dénonciation avait valu à Laurence Tchapong un avertissement verbal.
Le juge a déclaré : « Je suis convaincu que l’accusée nourrissait une rancune contre Amy en raison d’un manque perçu de chaleur à son égard et parce qu’Amy s’était plainte de sa conduite. » Il a également rejeté les arguments de la défense, qui invoquait un manque de personnel et des conditions de travail difficiles. Le jury a écarté ces explications.
Quatre ans de prison et une interdiction d’exercer
Le 1er septembre 2026, le tribunal de Liverpool a condamné Laurence Tchapong à quatre ans de prison pour négligence volontaire. À sa sortie, elle sera également interdite d’exercer dans tout hôpital au Royaume-Uni.
La mère d’Amy Barber, Susan, a lu une déclaration poignante devant la cour. Elle a décrit sa fille comme « la personne la plus attentionnée, brillante, drôle et intelligente » qu’elle ait jamais connue. « Elle était déterminée. Cette détermination lui a été enlevée par un système qui l’a laissée tomber », a-t-elle déclaré, avant d’implorer : « S’il vous plaît, apprenez de cela ».
Une affaire qui interroge les pratiques hospitalières
Cette condamnation met en lumière les défaillances dans la surveillance des patients vulnérables au sein des établissements psychiatriques britanniques. Laurence Tchapong avait été recrutée par une agence et travaillait simultanément dans un autre hôpital près de Manchester. Elle avait été formée comme infirmière en santé mentale en 2004, après son arrivée au Royaume-Uni en provenance du Cameroun.
Le CPS a souligné la gravité des faits. « Laurence Tchapong occupait un poste de confiance et de responsabilité, prenant soin d’une patiente vulnérable connue pour être à risque et nécessitant une observation régulière », a déclaré Maqsood Khan, procureur principal du CPS. « Elle n’a pas effectué les contrôles dont elle était responsable, puis a cherché à dissimuler ses actes en falsifiant les dossiers. »
L’affaire rappelle l’importance cruciale des protocoles de surveillance dans les unités psychiatriques. Elle pose aussi la question de la charge de travail des soignants et des pressions qui pèsent sur le personnel soignant, sans pour autant excuser la falsification de documents médicaux. La justice britannique a choisi d’envoyer un message ferme : la négligence volontaire, aggravée par le mensonge, ne restera pas impunie.