La dramaturge camerounaise Hermine Yollo vient de remporter le Prix RFI Théâtre 2026. Sa pièce, « Ima Maryam : le jugement de Marie », bouscule les dogmes religieux et donne la parole à une Vierge Marie lasse de se taire. Une reconnaissance qui place le théâtre camerounais sous les projecteurs de la francophonie.
L’information a été confirmée ce dimanche 27 septembre. La Camerounaise Hermine Yollo est la lauréate du Prix RFI Théâtre 2026. Le jury, présidé par l’auteur Hakim Bah, a distingué son texte parmi les treize finalistes de cette édition.
Une pièce qui dérange les dogmes
Le titre claque comme un verdict : Ima Maryam : le jugement de Marie. Dans ce texte, Hermine Yollo ne se contente pas de revisiter un personnage biblique. Elle le convoque sur le banc des accusés.
L’autrice camerounaise imagine Maryam, la femme qui a inspiré la Vierge Marie, prenant enfin la parole. Après deux millénaires de silence imposé, elle raconte son histoire. Elle réclame le droit de « se reposer ». Un monologue percutant qui interroge frontalement les représentations de Marie, les dogmes religieux et la place réservée aux femmes.
Mais l’enquête théâtrale d’Hermine Yollo va plus loin. À travers ce personnage, elle dissèque les violences faites aux femmes. Elle explore la manière dont leur corps et leur parole ont été confisqués par les traditions religieuses et sociales. Un sujet brûlant, traité sans concession.
Hermine Yollo : enfant de la balle devenue voix majeure
Rien ne prédestinait pourtant cette femme de 45 ans à porter un tel texte sur la scène internationale. Née en décembre 1981 à Douala, Hermine Yollo Mingele grandit dans un milieu où le théâtre est une seconde nature. Ses parents, Jean Mingele et Edwige Nto Ngon, étaient comédiens et metteurs en scène.
« Je suis vraiment née dans le théâtre, dans une maison de théâtre », confie-t-elle. Une vocation précoce. Dès l’âge de cinq ou six ans, elle annonce vouloir faire « du théâtre, comme papa et maman ».
Le parcours n’a pas été linéaire pour autant. Sa mère s’oppose d’abord à ce choix. Un compromis est trouvé : Hermine suivra des études littéraires et décrochera un master en traduction avant de se consacrer pleinement à sa passion.
Aujourd’hui, elle dirige la Compagnie NGOTI à Yaoundé. Elle écrit pour rendre public depuis 2016. Son travail a déjà été salué par une bourse Odyssée en 2018 pour une résidence d’écriture à La Chartreuse.
Un prix qui consacre une écriture exigeante
Le Prix RFI Théâtre n’est pas une récompense anodine. Cette année, le comité de lecture a dû trancher parmi 142 textes provenant de 11 pays. Seuls 13 finalistes ont été retenus, dont seulement 3 femmes.
La consécration d’Hermine Yollo intervient dans un contexte où les voix féminines restent minoritaires dans le paysage dramatique francophone. Le comité de lecture de RFI souligne d’ailleurs « les difficultés pour trouver le temps et les conditions économiques nécessaires à l’écriture » qui pèsent particulièrement sur les femmes.
La cérémonie officielle de remise du prix se tiendra ce dimanche 27 septembre à Limoges. Elle s’inscrit dans le cadre du festival Les Zébrures d’automne, le grand rendez-vous des écritures et créations théâtrales francophones. Une lecture du texte lauréat sera organisée lors du festival.
Une reconnaissance pour le Cameroun
Au-delà de la consécration personnelle, ce prix braque les projecteurs sur la scène théâtrale camerounaise. Un milieu que l’autrice elle-même décrit comme fragile. « En Cameroun, nous ne sommes pas nombreux à savoir ce qu’est le théâtre », confiait-elle en 2023.
Le Cameroun ne dispose toujours pas d’école dédiée au théâtre. Hermine Yollo s’est formée sur le tas, auprès d’aînés, entre 2000 et 2008. Son parcours et son prix disent quelque chose de la vitalité d’une création théâtrale qui se développe malgré les obstacles.
Avec Ima Maryam : le jugement de Marie, Hermine Yollo impose une écriture où « les mots, les silences et les interrogations occupent une place centrale ». Une dramaturgie de l’intime et du politique qui vient de trouver, à Limoges, un écho international.
Le Prix RFI Théâtre 2026 ne récompense pas seulement un texte. Il consacre une voix. Celle d’une femme qui, comme son personnage, a décidé de ne plus se taire.