Reconstruction de la route Douala-Bafoussam : ce qui est attendu après le décret d’habilitation.

Un décret pour débloquer 139,2 milliards FCFA

Le Président de la République a signé le 2 octobre 2026 un décret habilitant le Ministre de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire à signer un accord de prêt de 139,2 milliards de FCFA. Cet acte ouvre la voie au financement de la réhabilitation de la route Douala-Bafoussam. Désormais, le projet entre dans une phase opérationnelle. Les acquisitions sont lancées. Les travaux sont envisagés pour le premier trimestre 2027.

La BID au cœur du montage financier

La reconstruction du tronçon Bekoko-pont du Nkam-Échangeur de Bandjoun s’appuie sur les ressources de la Banque islamique de Développement (BID). Le décret autorise la signature d’un accord de vente à tempérament avec cette institution. En mai 2025, le conseil d’administration de la BID avait déjà approuvé un financement de 212,35 millions d’euros, soit environ 140 milliards de FCFA. Le budget global du projet est estimé à 179,5 milliards de FCFA. L’État camerounais apporte environ 17,6 milliards de FCFA en fonds de contrepartie.

Après l’habilitation, cap sur la signature du prêt

La signature du décret d’habilitation par le Chef de l’État constitue une étape clé. Prochainement, le Ministre en charge de l’Économie et la BID devraient parapher l’accord de prêt. Cette formalité débloquera les ressources nécessaires. Elle permettra aussi de lancer définitivement les procédures de passation des marchés.

Des acquisitions anticipées pour gagner du temps

Côté Maître d’ouvrage, le processus de passation des marchés est déjà engagé. Un Appel à Manifestation d’Intérêt pour la sélection de la Maîtrise d’œuvre a été lancé. Les offres ont été analysées. Le processus en cours devrait aboutir à l’attribution des prestations de contrôle technique avant la fin de l’année 2026. Cette anticipation vise à réduire les délais.

Travaux : un appel d’offres international restreint

Pour les marchés des travaux, la pré-qualification des entreprises a été lancée. Les offres ont été déposées le 2 février 2026. Près d’une trentaine de dossiers d’entreprises camerounaises et de multinationales ont été examinés. Les sociétés retenues seront invitées à soumettre leurs offres techniques et financières. La procédure prend la forme d’un Appel d’Offres international restreint.

Trois lots pour couvrir 218,9 km

La réhabilitation de la route Douala-Bafoussam s’étendra sur 218,9 km. Elle sera divisée en trois lots. Le lot 1, Bekoko-Penja, couvre 70 km. Le lot 2, Penja-Pont sur le Nkam, s’étend sur 77,9 km. Et le lot 3, pont sur le Nkam-Bandjoun, représente 71,2 km. Les délais d’exécution sont fixés à 48 mois pour le premier lot.

Des aménagements urbains et un pont neuf

Les traversées des grandes agglomérations seront dédoublées en 2 X 2 voies. La chaussée revêtue aura une largeur de 7,50 m. La structure routière comprendra une couche de forme de 30 cm, une couche de fondation de 20 cm, une couche de base en Grave Bitume de 13 cm et un revêtement en béton bitumineux de 5 cm. Les travaux prévoient aussi la construction d’un pont en béton armé de 14 ml au PK 159+800 sur la rivière Moumé. Cinq autres ponts seront réhabilités.

Un axe stratégique en piteux état

La Route Nationale N°5 reliant Douala à Bafoussam souffre d’une dégradation avancée. Les fortes pluies aggravent la situation. Un trajet normal de 3 heures et demie peut prendre 10 à 14 heures. Des cratères géants, des nids-de-poule et des affaissements de terrain sont signalés. Le département du Haut-Nkam et l’axe Bandja-Bafang figurent parmi les zones les plus touchées.

Des transporteurs et usagers exaspérés

Des compagnies de transport comme Général Voyage interdisent à leurs véhicules d’emprunter le tronçon Bandja-Bafang. Elles imposent des détours massifs. Les usagers subissent des retards considérables. Les véhicules s’usent prématurément. Dans une correspondance adressée au ministre des Travaux publics le 8 août 2024, le président du Groupement des entreprises du Cameroun (Gecam), Célestin Tawamba, évoquait des retards significatifs et une hausse des coûts opérationnels.

Entretien confortatif : une solution provisoire

En attendant le démarrage effectif des travaux, le ministère des Travaux publics a engagé des travaux d’entretien confortatif. Objectif : améliorer temporairement le niveau de service de cet axe structurant. Le traitement d’urgence sur la section critique de Bekoko-Loum (82,2 km) a été confié à l’entreprise CFHEC. Cette mesure reste toutefois provisoire.

Calendrier : démarrage espéré au premier trimestre 2027

Les projections du Maître d’ouvrage permettent d’envisager un démarrage des travaux au premier trimestre 2027. Les procédures de sélection des entreprises et de contrôle technique devraient s’achever avant cette échéance. Le respect de ce calendrier dépendra de la signature effective du prêt et de la finalisation des acquisitions.

Les défis d’un chantier sous haute surveillance

Le projet présente des risques environnementaux et sociaux élevés. Des critères spécifiques de qualifications Environnementales, Sociales, Sécurité et Hygiène sont pris en compte. La question des indemnisations et des expropriations reste sensible. Le suivi des travaux sera déterminant pour éviter les retards et les surcoûts.

Une étape charnière, mais des questions en suspens

Le décret du 2 octobre 2026 marque une avancée majeure. Il ouvre la voie à la signature de l’accord de prêt et, à terme, au démarrage des travaux. Toutefois, plusieurs interrogations subsistent. Le calendrier sera-t-il respecté ? Les entreprises retenues seront-elles à la hauteur ? Les populations seront-elles indemnisées à temps ? Réponses dans les prochains mois.

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