Face à l’érosion des recettes pétrolières et fiscales traditionnelles, le gouvernement camerounais accentue la pression sur la mobilisation des Recettes Non Fiscales (RNF). Un vaste programme de sensibilisation, mené dans les dix régions par la Division de la Préparation du Budget (DPB) de la Direction Générale du Budget (DGB), vise à rapprocher ordonnateurs, contrôleurs financiers et comptables publics pour optimiser le recouvrement de ces ressources longtemps sous-exploitées.
Un potentiel sous-exploité et un objectif ambitieux
Également appelées « recettes de services », les RNF sont des prélèvements obligatoires perçus en contrepartie d’un service rendu par l’État. Selon les données officielles, le potentiel est considérable. Un audit mené en 2019 avait répertorié 1 156 types de recettes non fiscales éligibles. Pourtant, à ce jour, seuls 600 types sont effectivement connus et intégrés dans le dispositif actuel de mobilisation.
Ce décalage explique en partie le gap que les autorités tentent de résorber. Les chiffres de collecte montrent une progression : 232 milliards de FCFA ont été recouvrés en 2024, pour atteindre 354 milliards en 2025. Pour l’exercice 2026, la Loi de Finances fixe un objectif de 400 milliards de FCFA, dont 18 milliards issus de nouvelles mesures législatives. À fin mars 2026, 67 milliards ont déjà été collectés.
Les obstacles identifiés
La faiblesse des performances passées est attribuée à plusieurs causes structurelles : une vulgarisation approximative des dispositifs, l’absence de plans de recouvrement adaptés et une maîtrise limitée des procédures administratives et financières. Comme l’a souligné le Gouverneur de la région de l’Extrême-Nord, Midjiyawa Bakary, lors des récents travaux : « plusieurs activités de l’État n’étaient pas budgétisées ou étaient mal collectées jusqu’ici ».
Un nouveau rôle pour les contrôleurs financiers
Pour remédier à ces lacunes, la DPB multiplie les séminaires de proximité. L’objectif est de rappeler les procédures, les sanctions prévues par la loi, mais aussi de définir le nouveau rôle des contrôleurs financiers, désormais impliqués dans la régulation tant des recettes que des dépenses. L’enjeu est de taille : compenser la baisse des recettes pétrolières, minières, fiscales et douanières en exploitant de nouvelles niches. Le gouvernement compte sur une meilleure formalisation des prélèvements, la nomination des régisseurs et la formation des acteurs pour sécuriser ces ressources.
Avec un budget général 2026 qui s’équilibre à 8 816,4 milliards de FCFA, la mobilisation de ces 400 milliards apparaît comme un levier crucial pour la soutenabilité des finances publiques.