Maurice Kamto quitte la présidence du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC). La course à sa succession s’organise déjà. Mais avant de tourner la page, une question dérange. Michèle Ndoki a-t-elle été écartée pour avoir soulevé des alertes que les faits ont ensuite confirmées ?
Ndoki a payé cher son engagement. Après la présidentielle de 2018, elle a intégré l’équipe juridique qui a contesté les résultats. Elle est devenue une figure visible de la défense du MRC. Une balle l’a blessée lors d’une manifestation à Douala. Les autorités l’ont arrêtée et détenue. Elle a finalement pris le chemin de l’exil.
Pourtant, ses désaccords les plus sérieux avec le parti portaient sur deux dossiers. Aujourd’hui, ces dossiers prennent un nouveau relief. Ils éclairent différemment son exclusion.
Le boycott de 2020, un choix aux effets durables
D’abord, il y a le boycott des élections législatives et municipales de 2020. Ndoki a contesté cette décision. Elle en a pointé les conséquences. Cinq ans plus tard, l’absence d’élus MRC pèse lourd. Elle a entravé la tentative de Maurice Kamto de se présenter à la présidentielle de 2025. Elle l’a même poussé à chercher une investiture sous la bannière du MANIDEM.
Ensuite, une contradiction saute aux yeux. Le MRC justifiait ce boycott par la guerre dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Il invoquait aussi l’absence de réforme consensuelle du système électoral. Or, le pouvoir n’avait réglé ni la guerre ni la réforme. Pourtant, dès 2023, Kamto annonçait que le parti participerait aux prochaines élections.
La démocratie interne, deuxième pomme de discorde
Par ailleurs, Ndoki voulait défier Kamto à la présidence du MRC. Cette confrontation pouvait devenir un test démocratique. Le parti pouvait montrer qu’il acceptait la compétition. Au lieu de cela, ses relations avec la direction se sont dégradées. La direction l’a finalement exclue.
Aujourd’hui, Kamto parti, plusieurs personnalités sont libres de briguer ce même poste. La compétition redevient donc possible. La direction y voyait pourtant une menace lorsque Ndoki voulait affronter Kamto. Dès lors, une question s’impose. Pourquoi cette course est-elle acceptable maintenant, alors qu’elle ne l’était pas hier ?
Une question de cohérence pour le MRC
Cet éditorial ne soutient pas que Michèle Ndoki doit automatiquement devenir présidente du MRC. Il ne dit pas non plus qu’elle avait raison sur tout. Il pose une question plus fondamentale. Si la direction l’a sanctionnée après avoir mis en garde contre le coût du boycott de 2020 et réclamé une vraie compétition interne, l’histoire a-t-elle validé certains de ses arguments ?
En clair, le MRC de l’après-Kamto devra choisir. Va-t-il reconnaître ses torts éventuels ? Va-t-il présenter des excuses à Ndoki ? Va-t-il l’inviter à revenir ? La réponse dira beaucoup de sa conception de la démocratie interne. Elle dira aussi s’il veut réellement tourner la page.