Un scandale judiciaire secoue la région du Centre. À Nanga-Eboko, une enfant de 11 mois croupit derrière les barreaux. Son crime ? Aucun. Son destin ? Celui d’un système accusé de corruption et d’abus de pouvoir.
Âgée de 11 mois, la petite Aisha Nana incarne aujourd’hui l’innocence bafouée. Son visage poupon ne devrait connaître que la douceur d’un foyer. Pourtant, elle est détenue dans l’enceinte hostile de la prison de Nanga-Eboko. Elle partage ce calvaire avec sa mère, Hajara Isa, sa grand-mère, Mairama Adamou, et une autre parente, Habsatou, enceinte de plusieurs mois.
Cette incarcération intervient sur ordre de Bikele Noah, procureur de la République du département de la Haute-Sanaga. Selon nos investigations, ce magistrat serait un proche d’Ekani, le gardien de prison à l’origine de ces accusations. Une proximité troublante qui soulève des questions sur l’impartialité de la justice locale.
Une arrestation sans mandat
Les faits remontent au 9 septembre 2026. Ce jour-là, des gendarmes débarquent et arrêtent ces femmes sans présenter de mandat. La petite Aisha est arrachée à son quotidien. D’abord conduites à la brigade de gendarmerie, elles sont ensuite transférées à la compagnie, avant d’être jetées en prison.
Pendant ce temps, des criminels notoires et des pilleurs de grande envergure circulent librement dans les rues du pays. L’absurdité est totale. La prison de Nanga-Eboko, connue pour ses pratiques douteuses, exige même 2 000 FCFA à chaque visiteur venant voir ces détenues. Une véritable marchandisation de la misère humaine.
Une accusation qui change de nature
L’origine du conflit remonte à une banale querelle de voisinage. Ekani, le gardien de prison, accuse initialement ces femmes d’avoir aidé leurs fils, deux garçons de 10 et 7 ans, à violer sa fille de 5 ans. Puis, face à l’incohérence de son récit, il change radicalement de version.
Il évoque désormais de la sorcellerie. Il affirme que ces femmes auraient aidé les enfants à introduire des insectes dans les parties intimes de sa fille avec une fourchette. Les dates changent aussi. Il parle d’abord du 8 septembre, puis du 5 septembre.
Pire, Ekani admet aux gendarmes que lui et sa famille étaient absents de la maison toute la journée du drame. Comment a-t-il pu être témoin des faits s’il n’était pas là ? Le mystère reste entier.
Des enfants brisés par la procédure
L’affaire prend une tournure encore plus dramatique avec l’implication des jeunes garçons. Mohammadou Arafat, 10 ans, et son frère Hamadou Awalouz, 7 ans, sont accusés du prétendu viol. Conduits à la gendarmerie pour une « confrontation », Mohammadou est terrassé par la peur. Il s’effondre et est transporté d’urgence à l’hôpital. Il a frôlé la mort.
Les gendarmes abandonnent les poursuites contre les enfants pour arrêter leurs mères et leur grand-mère. Ils organisent ensuite une identification. La fillette de 5 ans est placée face à neuf femmes. Confuse, elle ne parvient à en reconnaître aucune.
Le drame ne s’arrête pas là. Une autre femme enceinte de la famille, apprenant les arrestations, subit un choc violent. Elle accouche prématurément et décède à l’hôpital. Le bilan humain s’alourdit.
L’ombre de Chantal Biya
Nanga-Eboko n’est pas une ville ordinaire. Située dans la région du Centre, elle abrite la famille maternelle de la Première dame, Chantal Biya. Ce détail géographique ajoute une dimension politique à l’affaire. La région est celle du président Paul Biya.
Malgré cela, plusieurs zones d’ombre subsistent. Pourquoi faudrait-il trois femmes pour maintenir une fillette de 5 ans pendant que des enfants la violeraient ? La fillette est-elle si puissante ? Comment une enfant victime de viol et d’introduction d’objet contondant peut-elle ne présenter aucune blessure et continuer à jouer et aller à l’école ?
Un appel à la raison
Face à ces incohérences flagrantes, la Justice and Dignity Campaign tire la sonnette d’alarme. Les autorités doivent entendre raison. La place de la petite Aisha Nana n’est pas en prison. Elle doit rentrer chez elle avec sa mère et sa grand-mère.
Mohammadou et Awalou sont des enfants. Ils doivent être laissés tranquilles. La justice camerounaise doit se ressaisir pour éviter un nouveau drame. Il en va de la crédibilité des institutions et de la protection des plus vulnérables.

