La drépanocytose ronge silencieusement la jeunesse camerounaise. Pourtant, une riposte d’envergure se déploie. Le Ministère de la Santé Publique (MINSANTE) et ses partenaires passent à l’action pour inverser la tendance.
Une maladie génétique aux conséquences dramatiques
Au Cameroun, la drépanocytose n’est pas une menace abstraite. Les chiffres sont accablants. Entre 20 et 25 % de la population est porteuse du gène responsable, selon les données officielles. Chaque année, près de 8 000 enfants naissent avec un syndrome drépanocytaire majeur.
Le constat est encore plus sombre. Sans prise en charge adaptée, entre 50 et 80 % de ces enfants décèdent avant leur cinquième anniversaire. La raison ? Un diagnostic trop tardif. Les crises surviennent. Les organes souffrent. Les vies basculent.
Le MINSANTE passe à l’offensive
Face à cette hémorragie, le MINSANTE a décidé de frapper fort. La stratégie est claire : détecter la maladie dès la naissance pour offrir une prise en charge rapide. Cette approche change radicalement la donne.
Concrètement, le dépistage néonatal sera systématisé dans les maternités. Chaque nouveau-né pourra être testé avant sa sortie de l’hôpital. L’objectif est simple : ne plus laisser la maladie prospérer en silence.
Pour ce faire, 278 878 tests de diagnostic rapide (TDR) seront très prochainement distribués dans 500 formations sanitaires à travers le pays. Ces outils permettront aux agents de santé de poser un diagnostic fiable en quelques minutes.
Une formation massive des agents de santé
Un dépistage efficace repose sur des professionnels bien formés. C’est pourquoi un atelier stratégique s’est tenu du 28 au 30 septembre 2026 à Mfou. Objectif : valider les outils et les modules de formation destinés aux agents de santé.
Cette étape est cruciale. Elle garantit que le personnel soignant maîtrise parfaitement les techniques de dépistage et les protocoles de prise en charge. Sans cette rigueur, les meilleurs tests du monde resteraient inutiles.
Le GEDREPACAM en première ligne
Cette offensive ne serait pas possible sans l’engagement du Groupe d’Étude de la Drépanocytose du Cameroun (GEDREPACAM). Ce partenaire historique a déjà fait ses preuves.
Entre 2023 et 2025, le GEDREPACAM a dépisté plus de 26 000 nouveau-nés. Plus de 100 cas ont été détectés et confirmés. Ces chiffres démontrent l’efficacité du dispositif lorsqu’il est correctement déployé.
Mieux encore, le programme s’étend désormais au-delà des métropoles. Les nouveau-nés peuvent être testés à l’hôpital régional de Bafoussam, à Bafang, à Ebolowa et à l’hôpital régional annexe de Foumban. Une avancée majeure pour les zones rurales longtemps délaissées.
Des défis financiers persistants
Malgré ces progrès, des obstacles demeurent. Le Plan National Stratégique de Lutte contre la Drépanocytose 2025-2030 accuse un déficit de financement de 4,39 milliards de FCFA. Un manque à gagner qui pèse lourdement sur la mise en œuvre.
Parallèlement, le coût des soins reste prohibitif pour de nombreuses familles. Il peut atteindre 100 000 FCFA par mois. Une somme inabordable pour la majorité des ménages camerounais.
Vers une réduction de 25 % de l’incidence d’ici 2030
Malgré ces vents contraires, l’ambition reste intacte. Le Cameroun vise une réduction de 25 % de l’incidence de la drépanocytose d’ici 2030. Un objectif audacieux qui repose sur trois piliers : le dépistage précoce, l’accès aux médicaments essentiels et la formation des soignants.
La systématisation du dépistage néonatal constitue la pierre angulaire de cette stratégie. Plus le diagnostic est précoce, meilleure est la prise en charge. Et plus l’enfant a de chances de vivre pleinement.
L’enjeu dépasse la simple statistique. Derrière chaque test réalisé, il y a un enfant. Une famille. Un avenir à préserver. Le Cameroun en a enfin pris la mesure.



