Raymond Jean Charles Beko’o Abondo vient d’être promu général. Patron de la Garde présidentielle depuis treize ans, cet homme discret pourrait jouer un rôle majeur dans les futurs équilibres du pouvoir à Yaoundé.
Il est l’un des hommes les plus proches du président Paul Biya. Lors des cérémonies officielles, Raymond Jean Charles Beko’o Abondo se tient toujours à ses côtés, au palais de l’Unité. Depuis treize ans, ce militaire au physique athlétique commande les unités chargées de protéger le chef de l’État. Le 3 août dernier, Paul Biya l’a élevé au grade de général de brigade. Une distinction rare, d’autant qu’il a été maintenu à son poste. Une marque de confiance évidente. Et un symbole politique lourd de sens.
Un parcours hors norme
Né le 8 mai 1972 à Batouri, dans la région de l’Est, Beko’o Abondo est un scientifique de formation. Après un baccalauréat, il s’inscrit à l’université avant de changer de cap. En 1992, il choisit la carrière des armes. Direction l’Académie militaire d’Evelpidon, près d’Athènes, en Grèce. Il y suit une formation d’officier jusqu’en 1997.
De retour au Cameroun, il sert à l’état-major de l’armée de terre. Puis, en 1999, il rejoint la Garde présidentielle. Il ne la quittera plus. Il y commande le groupe d’appui et le centre d’instruction commando d’Obala. Il passe également par le bureau des ressources humaines et assiste le conseiller technique de la présidence chargé des forces spéciales.
Breveté parachutiste et titulaire d’un certificat d’état-major, il suit des stages de perfectionnement dans la lutte antiterroriste, notamment aux États-Unis.
Une promotion qui fait date
À 54 ans, le patron des « bottes rouges » entre dans l’histoire. Depuis la création de cette unité, il est le premier officier général à la commander directement. Jusqu’ici, Paul Biya veillait à garder les généraux à l’écart du palais présidentiel et de sa garde. Plusieurs officiers moins en vue ont accédé au généralat dans des unités moins stratégiques. Mais le commandant de la Garde présidentielle était resté colonel. Jusqu’à aujourd’hui.
Quelques heures après sa promotion, Beko’o Abondo a fait célébrer une messe d’action de grâce à sa résidence. Devant ses proches et ses frères d’armes, il a remercié le président pour cette « marque de confiance ». Un geste qui en dit long sur sa loyauté.
Un homme au-dessus de la mêlée
Le tout-Yaoundé a les yeux braqués sur lui. La santé de Paul Biya suscite en effet toutes les inquiétudes. Les clans qui s’affrontent dans la capitale affûtent leurs couteaux. Dans ce contexte, la position de Beko’o Abondo devient cruciale.
Décrit comme réservé, rigoureux et attaché à la discipline, il n’accorde pratiquement jamais d’entretien. Il ne commente pas les querelles de palais et ne revendique aucune appartenance à un clan. Ses rares apparitions publiques sont liées à la vie de son unité. Il donne l’image d’un gradé à l’écoute de ses hommes, au-dessus de la mêlée politique.
En août 2024, il a supervisé la distribution de fournitures scolaires et d’aides financières à 691 enfants de militaires et de personnels civils décédés. Depuis 2013, plus de 5 000 enfants auraient ainsi été soutenus. En juin 2026, il a donné le coup d’envoi de la huitième édition de GP Sports Vacances. Il jouit de la réputation d’un homme jaloux de son autonomie et rétif aux pressions du sérail.
Une position stratégique
Placée sous l’autorité directe du chef de l’État, la Garde présidentielle est chargée de protéger le président et sa famille dans tous leurs déplacements. Force de combat rapidement mobilisable à Yaoundé, elle compte parmi les unités les mieux équipées du pays. En cas de problème, elle doit pouvoir faire face à d’autres composantes importantes de l’armée, comme le Bataillon d’intervention rapide (BIR).
Dans un système sécuritaire fragmenté, où cohabitent des services aux chaînes de commandement diverses, elle doit faire figure d’arbitre. Beko’o Abondo en est pleinement conscient.
Les pressions du sérail
Pourtant, les tensions existent. Dans son entourage, on estime que son avancement a été freiné par son refus de prendre parti pour l’un ou l’autre des clans de Yaoundé. Ses relations seraient difficiles avec certains responsables de la présidence, notamment avec Ferdinand Ngoh Ngoh, le secrétaire général.
Et les rivalités vont croissant. En cas de vacance du pouvoir ou de transition, sa position deviendrait encore plus centrale. Obtenir son appui revêt alors une importance capitale. Le général Beko’o Abondo, par sa discrétion et sa loyauté, pourrait bien devenir l’homme qui arbitrera la guerre des clans.