Alors que le taux de participation peine à décoller, le gouvernement camerounais muscle son dispositif pour enrôler les derniers agents publics et assainir durablement le fichier solde de l’État.
C’est un véritable signal d’alarme qu’a lancé Cyrill Edou Alo’o, le Directeur Général du Budget, lors d’un point de presse tenu le 24 juillet 2026 à Yaoundé. Face à la presse, le haut responsable du ministère des Finances (MINFI) a dressé un bilan mitigé de la première phase de l’Opération d’Audit des Allocations Familiales (AALFA). À ce jour, seuls 61 800 agents sur les 180 000 attendus ont été recensés, soit un taux de participation de 34,2 %. Un chiffre jugé « insuffisant » par le gouvernement, qui a décidé de passer à l’offensive pour la seconde phase.
Un dispositif logistique renforcé pour convaincre les 119 000 agents restants
Pour éviter les engorgements de dernière minute – un phénomène qui avait marqué la fin de la première phase avec près de 30 % des dossiers déposés in extremis – le MINFI a revu sa copie. L’opération, qui se déroule du 25 juillet au 15 août 2026, bénéficie d’un dispositif considérablement renforcé. Le nombre de centres de collecte a été multiplié sur l’ensemble du territoire, les équipes d’enrôlement ont été étoffées et la communication a été intensifiée pour toucher les agents jusqu’aux zones les plus reculées.
Cyrill Edou Alo’o a profité de cette tribune pour lancer un appel solennel aux bénéficiaires n’ayant pas encore régularisé leur situation. Il les invite à se rendre dans les sites dédiés dès leur ouverture, munis de l’intégralité des pièces requises (actes de naissance des enfants, carte nationale d’identité, bulletin de solde, etc.). L’objectif est clair : garantir le maintien sans interruption des versements des allocations familiales.
La chasse aux « enfants fictifs » et aux actes de naissance frauduleux
Le cœur de cette opération réside dans l’authentification des droits. Les premières collectes ont déjà mis en lumière des irrégularités préoccupantes. Le DGB a révélé que parmi les anomalies récurrentes figurent des actes de naissance dépourvus de noms de la mère, des numéros de série absents, des dates de délivrance suspectes ou des incohérences manifestes concernant les centres d’état civil.
« Ces éléments constituent à ce stade de simples signaux d’alerte », a précisé Cyrill Edou Alo’o, rappelant que la phase d’authentification permettra de distinguer l’erreur matérielle de la fraude délibérée. L’objectif affiché n’est pas de sanctionner les agents de bonne foi, mais de protéger les droits réguliers tout en mettant un terme aux paiements injustifiés issus de dossiers fictifs.
Cette opération s’inscrit dans un contexte budgétaire sous tension. Selon les données du MINFI, le nombre d’enfants déclarés est passé de 594 728 en juin 2024 à 923 307 en mars 2026, soit une hausse de 55 % en seulement 21 mois. Dans le même temps, l’enveloppe budgétaire dédiée aux allocations familiales a bondi de 21 à 38 milliards de FCFA. Une trajectoire jugée « atypique » par le ministre des Finances, Louis Paul Motaze.
Vers un assainissement global du fichier solde
L’Opération AALFA représente un défi de souveraineté économique. En traquant les « enfants fictifs » et les actes de naissance frauduleux, le gouvernement affiche sa détermination à assainir le fichier public. Cette initiative fait suite à d’autres opérations d’assainissement qui ont déjà porté leurs fruits, comme le comptage physique du personnel de l’État en 2018, qui génère encore des économies annuelles estimées à 30,5 milliards de FCFA.
Le ministre des Finances a d’ailleurs rappelé que les allocations familiales, bien que représentant environ 4 % de la dépense salariale globale, n’avaient jamais fait l’objet d’un audit spécifique. L’opération AALFA comble ce vide.
Les pensionnaires ne sont pas concernés par cette procédure, celle-ci ciblant exclusivement les agents publics en activité. L’État rassure l’ensemble des agents publics que cette opération n’est pas une mesure de réduction des droits, mais une démarche d’équité.
Avec une fenêtre d’exécution de 24 mois accordée par le Premier ministre, le MINFI entend bien mener cette réforme structurante à son terme. La réussite des prochains jours est déterminante. Il ne s’agit pas seulement de chiffres, mais de la moralisation de la dépense publique, garantissant que chaque franc versé au titre des prestations familiales bénéficie réellement aux familles qui y ont droit.