Yaoundé, Cameroun – Le 11 avril 2026, un commentaire de onze mots publié sur une page Facebook a conduit Patrick Mengue, un jeune internaute camerounais, derrière les barreaux de la prison centrale de Kondengui. Le 27 juillet 2026, le tribunal a rendu son verdict : six mois de prison ferme pour « outrage » envers le président de la République, Paul Biya.
L’affaire trouve son origine dans la réaction de M. Mengue à l’annonce du décès de Marcel Niat Njifenji, ancien président du Sénat. Sur la page du lanceur d’alerte N’zui Manto, il avait écrit : « Seigneur tu te rapproches déjà de la cible encore un effort stp ».
Pour les autorités, le sous-entendu était clair : le jeune homme priait implicitement pour la mort du chef de l’État. Une interprétation que la défense conteste fermement, y voyant « au pire une plaisanterie de mauvais goût, au mieux une prière personnelle ».
Arrestation et détention controversées
Deux jours après la publication, le 13 avril, Patrick Mengue a été interpellé par des hommes en tenue, puis conduit au Secrétariat d’État à la Défense (Sed). Selon plusieurs sources, il y a subi des sévices corporels et des traitements inhumains.
« Patrick a été enlevé il y a plus d’une semaine, puis torturé, battu pendant plusieurs jours », rapporte un article de Camerounweb. Ses bourreaux l’auraient contraint, sous la violence, à avouer que son commentaire visait Paul Biya.
La procédure judiciaire a été émaillée d’irrégularités. L’avocat de M. Mengue, Me Batam Nkolong, a dénoncé une inversion du processus : « On a arrêté mon client, on l’a jeté en prison, et c’est maintenant qu’on cherche désespérément les preuves pour l’accuser ». Le jeune homme a en effet été placé en détention sans avoir été présenté à un magistrat dans le délai légal de 48 heures.
Une défense pro bono et un appel à la clémence
Huit avocats, dont Me Batam Nkolong, Me Francis Nguini et Me Patrice Ngoya, se sont constitués pro bono pour assurer sa défense. Ils ont dénoncé les vices de procédure et l’absence de preuves tangibles.
L’affaire a suscité une vive émotion au Cameroun. L’ami de Patrick Mengue, Aristide Ayolo, a adressé une lettre ouverte aux autorités pour plaider la clémence. Il décrit son ami comme « un jeune homme brillant, réfléchi, respectueux, mais aussi profondément marqué par les réalités difficiles de notre génération ».
Un verdict qui interroge la liberté d’expression
La condamnation à six mois de prison ferme, bien que moins lourde que les cinq ans requis par le parquet, soulève des questions sur les limites de la liberté d’expression en ligne au Cameroun. La loi de 2010 sur la cybercriminalité permet de poursuivre les auteurs de propos jugés offensants.
Pour les proches de Patrick Mengue, le combat continue. L’un d’eux confiait : « Patrick MENGUE n’a jamais affirmé qu’il faisait allusion à Paul BIYA comme cela se dit partout sur la toile ». L’affaire pourrait avoir un retentissement bien au-delà des murs de la prison de Kondengui.