Le verdict est tombé. Mbezele Laurette, reconnue coupable du meurtre de son époux, passera les dix prochaines années derrière les barreaux. Le tribunal de grande instance du Moungo, siégeant à Nkongsamba, a rendu sa décision le vendredi 18 septembre 2026. Une peine de dix ans d’emprisonnement ferme qui vient clore six mois de procédure judiciaire.
L’affaire remonte au 8 mars 2026. Ce jour-là, le Cameroun célèbre la Journée internationale de la femme. À Nkongsamba, la tragédie frappe pourtant un foyer.
Le film tragique d’une nuit de service
Tout bascule au petit matin. Le gardien de la paix principal Bengono Mathurin rentre chez lui après une longue nuit de travail. Il est environ 6 heures. L’homme est épuisé. Mais un poison le ronge : la jalousie.
Depuis quelques jours, des photos compromettantes circulent. On y voit sa concubine, Mbezele Laurette, attablée dans un restaurant de la ville avec un autre homme. Un homme influent, présenté par les témoins comme « un grand ».
Bengono Mathurin confronte sa compagne. Il brandit les clichés. Il exige des explications. Mbezele Laurette nie farouchement. Elle plaide une rencontre anodine. Des soupçons infondés. Mais les mots ne suffisent pas à éteindre la méfiance.
Une dispute qui vire au drame
Le ton monte. La dispute éclate. Violente. Inexorable. Dans l’intimité du logement, les deux enfants du couple assistent à la scène. La fille de Mbezele Laurette, 12 ans. Le fils de Bengono Mathurin, 16 ans. Terrés dans l’angoisse, ils entendent les voix s’élever, les corps s’affronter.
Le fils aîné force la porte pour séparer la bagarre. C’est à ce moment que Mbezele Laurette s’échappe. Elle se précipite vers la cuisine. Elle s’empare d’un couteau. Un geste. Une seconde. La lame s’enfonce dans le torse du gardien de la paix.
Les secours sont alertés. Un voisin, lui aussi policier, réquisitionne un véhicule. Bengono Mathurin est évacué vers l’hôpital. Mais la blessure est trop profonde. Le trajet trop long. Il rend son dernier souffle avant d’atteindre les urgences.
Un foyer recomposé brisé à jamais
Le couple n’était pas officiellement marié. Il s’agissait d’un foyer recomposé. Le garçon de 16 ans était issu d’une précédente union du policier. La fillette de 12 ans, de celle de sa compagne.
Ce 8 mars, les deux enfants ont tout perdu. Ils ont vu leur père mourir. Ils ont vu leur mère commettre l’irréparable. Aujourd’hui, l’un est orphelin. L’autre devra vivre avec le poids de ce qu’il a vu.
Le préfet du Moungo, Yves Bertrand Noël Ndjana, avait présidé la grande parade des femmes ce jour-là. Il a demandé une minute de silence. Il a condamné « ce masculinicide d’une atrocité barbare ».
Dix ans ferme : la justice a tranché
Six mois après les faits, le tribunal de grande instance du Moungo a rendu son verdict. Mbezele Mbiti Virginie Laurette est condamnée à dix ans de prison ferme.
Le tribunal a retenu sa responsabilité pénale. Il a examiné les faits. Il a écouté les témoignages. Et il a tranché. Un homme est mort, poignardé par sa femme. La justice s’est prononcée sur ce fait, pas sur les histoires de couple qui l’ont précédé.
Cette décision reste une condamnation de première instance. Des voies de recours restent ouvertes. L’affaire pourrait connaître un rebondissement en appel. Pour l’instant, la peine de dix ans reste la seule réponse judiciaire à ce drame.
Un drame qui interroge
L’affaire de Nkongsamba soulève des questions douloureuses. Que devient une famille quand les deux parents disparaissent le même jour ? L’un dans un cercueil. L’autre derrière des barreaux.
Les deux enfants, eux, devront grandir avec ce vide. Un père absent à jamais. Une mère incarcérée pour une décennie. Le féminicide est souvent documenté. Le masculinicide, plus rare, existe aussi. La justice l’a reconnu. Elle a puni. Mais elle ne répare rien.