Une enquête internationale révèle que Yaoundé a accepté de recevoir des personnes expulsées des États-Unis. Un accord lié à 30 millions de dollars promis à des organisations. Derrière les chiffres, un dispositif mondial.
Une enquête internationale révèle l’accord
Yaoundé a dit oui. Le Cameroun compte parmi les pays qui acceptent de recevoir des migrants expulsés par les États-Unis. L’information émane de The Deportation Project, une enquête internationale menée par Forbidden Stories. L’Œil du Reporter a consulté ces travaux.
35 pays, 25 447 expulsions
D’abord, le contexte. Donald Trump est revenu à la Maison-Blanche en janvier 2025. Depuis, Washington a signé des accords avec 35 pays. Objectif : transférer des personnes expulsées des États-Unis qui ne viennent pas de ces pays. Au 31 août 2026, 25 447 personnes avaient été envoyées vers 28 pays tiers.
Le Cameroun, pays d’accueil
Ensuite, le cas camerounais. Les documents du Département d’État américain montrent que l’accord avec Yaoundé prévoit une capacité d’accueil de 1 000 personnes. Au premier semestre 2026, 36 migrants avaient déjà été transférés au Cameroun.
Un premier avion arrivé en janvier 2026
Le premier avion est arrivé le 14 janvier 2026. Par ailleurs, les personnes concernées ne sont pas forcément camerounaises. Le mécanisme vise des ressortissants de pays tiers. L’AFP a documenté la situation de personnes originaires de plusieurs pays africains. Certaines vivent désormais au Cameroun sans lien antérieur avec le pays.
30 millions de dollars promis à des organisations
Puis, il y a l’argent. Les documents américains font état de 30 millions de dollars promis à des organisations pour des opérations au Cameroun. Le Washington Post précise que ces fonds ne sont pas un paiement direct au gouvernement camerounais. Ils bénéficient notamment au Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés.
Centrafrique et RDC : mêmes accords, autres chiffres
Le Cameroun n’est pas isolé. La République centrafricaine et la RDC ont aussi conclu des accords avec Washington. En Centrafrique, 18 personnes avaient été transférées à juin 2026. La capacité annoncée atteint 1 500 places. 85 millions de dollars avaient été promis à des organisations. En RDC, 15 personnes avaient été transférées. La capacité est de 2 000 places. 75 millions de dollars avaient été promis.
410 millions de dollars pour le dispositif global
Plus largement, Washington a prévu environ 410 millions de dollars pour accompagner ces accords. Les fonds vont soit à des gouvernements, soit à des organisations internationales. Ce montage financier accompagne un système d’expulsion vers des pays tiers.
Quatre journalistes interpellés à Yaoundé
Pourtant, au Cameroun, l’enquête a aussi rencontré des obstacles. Le 17 février 2026, quatre journalistes ont été interpellés à Yaoundé. Trois d’entre eux travaillaient pour l’Associated Press. Ils enquêtaient sur des migrants expulsés des États-Unis et détenus dans un centre de la capitale. Ils avaient rencontré certains migrants avant leur arrestation.
The Deportation Project : six mois d’enquête
Enfin, The Deportation Project a été publié le 21 septembre 2026. Forbidden Stories a coordonné ce travail pendant six mois. 26 médias de 15 pays y ont participé. L’enquête s’appuie sur des documents internes américains, des entretiens avec des responsables, d’anciens responsables, des avocats et des personnes expulsées.
Des vies derrière les chiffres
Derrière les chiffres, des trajectoires humaines. Le Cameroun devient ainsi un maillon d’un dispositif migratoire américain. Une histoire d’accords, d’argent et de vies déplacées.