Emmanuel Binyam, Tiriane Noah et Ronnic Djolako : trois candidatures pour une nouvelle page
Le MRC entre dans une nouvelle séquence de son histoire. Après le départ de Maurice Kamto, trois candidatures ont été déposées le 16 septembre au siège du parti à Yaoundé pour prendre la direction de la formation politique : Pierre Emmanuel Binyam, Tiriane Noah et Brice Ronnic Djolako.
La prochaine étape est fixée au 17 octobre 2026, avec la tenue de la convention extraordinaire au cours de laquelle les militants devront désigner la nouvelle équipe dirigeante.
Une démission sous pression
Le 8 septembre 2026 restera dans les annales du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun. Ce jour-là, Maurice Kamto annonce sa démission de la présidence du parti qu’il a fondé en 2012. Dans une lettre adressée au directoire national, l’opposant invoque « l’intérêt supérieur » du parti et de ses militants. Quelques heures plus tard, son premier vice-président, Mamadou Mota, quitte également ses fonctions.
Cette double démission intervient dans un contexte de forte tension avec l’administration. Le 19 août 2026, le ministre de l’Administration territoriale, Paul Atanga Nji, refuse de prendre acte de la convention du 21 décembre 2025 qui avait reconduit Maurice Kamto à la tête du parti. Ce refus alimente une contestation sur la légalité des organes dirigeants du MRC. Il menace directement la participation du parti aux élections législatives et municipales prévues début 2027.
Trois listes, trois visions
Le dépôt des candidatures s’est officiellement clos le 16 septembre 2026 à 18 heures. Trois listes ont été enregistrées dans les délais.
Tiriane Balbine Nadège Noah assure actuellement l’intérim à la tête du MRC. Elle présente une équipe dans laquelle figure notamment Me Emmanuel Simh au poste de premier vice-président. Deuxième vice-présidente du parti, elle a déjà exercé des fonctions dirigeantes par intérim lors de précédentes absences de Maurice Kamto, notamment pendant son incarcération. Elle incarne la continuité.
Pierre Emmanuel Binyam, secrétaire général adjoint du parti, est également candidat. Sa liste comprend notamment Jean-Pierre Doualare Boutché à la première vice-présidence et Célin Kamche Wappi au secrétariat général. Il place sa candidature sous le signe des échéances à venir : « la préparation des élections municipales et législatives de 2027, la recherche d’une majorité parlementaire et municipale, ainsi que la consolidation des acquis de notre engagement en faveur de l’établissement d’un État de droit ».
Brice Ronnic Djolako présente sa propre équipe, avec notamment Janvier Tamesse comme premier vice-président et François Ayissi au secrétariat général. Ce déclarant en douane, peu connu du grand public, promet de faire du MRC un « levier de développement » avec une « renaissance infrastructurelle ».
Les candidatures doivent toutefois encore être examinées avant la convention afin d’établir leur conformité et leur recevabilité.
Un parti face à ses défis
Au-delà de la succession de Maurice Kamto, cette nouvelle étape pose une question plus large sur l’avenir du parti. Quelle stratégie, quelle organisation et quelle ligne de communication pour le MRC après Kamto ?
Les législatives et municipales de 2027 constituent un enjeu majeur. Le MRC pourrait devenir le principal adversaire du RDPC au pouvoir. Mais le parti doit d’abord résoudre l’équation de sa reconnaissance administrative. La contestation par le ministère de l’Administration territoriale de la convention de décembre 2025 pèse toujours sur la légitimité de ses instances.
Certains observateurs voient dans le retrait de Kamto un sacrifice tactique. Il s’agit de « priver le régime d’un sujet de focalisation » et de permettre au parti de poursuivre ses activités plus sereinement. D’autres y voient une crise profonde. Okala Obédé, ancien cadre du parti, parle d’un « gâchis à la fois politique, humain, juridique et administratif ».
Le 17 octobre prochain, les militants désigneront l’équipe qui aura la responsabilité de conduire cette nouvelle étape. Le choix s’annonce décisif. Il déterminera la capacité du MRC à se repositionner comme une force politique crédible dans un espace électoral camerounais en pleine recomposition.