MRC : Binyam Pierre Emmanuel confirme des propos anti-Eto’o au Directoire National

Une déclaration qui lève le voile. Le secrétaire général adjoint du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC), Binyam Pierre Emmanuel, reconnaît que des membres du Directoire National ont tenu des propos désobligeants à l’encontre de Samuel Eto’o. Une confirmation partielle qui contredit le démenti officiel du parti.

L’affaire secoue le MRC depuis plusieurs jours. Tout commence par une vidéo. Salomon Beas, ancien militant du parti, y affirme avoir assisté à des réunions du Directoire National consacrées à « détruire » Samuel Eto’o. Des accusations graves. Le président de la Fecafoot les relaie massivement sur sa page Facebook.

Face à la tempête, le MRC publie un communiqué officiel. Le secrétaire général adjoint Roger Justin Noah y rejette « catégoriquement » les allégations. Le parti nie avoir tenu des réunions destinées à salir l’image du patron du football camerounais. Il nie également avoir financé des influenceurs pour ce faire.

Mais un autre son de cloche émerge. Binyam Pierre Emmanuel, lui aussi secrétaire général adjoint et candidat à la présidence du parti, prend la parole. Sa position est plus nuancée. Plus embarrassante aussi.

 « Il est bien vrai que certains membres du Directoire National… »

Dans une déclaration publique, Binyam Pierre Emmanuel commence par un serment. « J’ai juré devant Dieu de ne dire que la vérité, même s’il faut quitter la scène politique, et même si cela allait coûter ma vie », écrit-il. Un préambule solennel. Il annonce la couleur.

Puis vient la reconnaissance. « Il est bien vrai que pour certains, faire de la politique c’est mentir, salir, lyncher et manipuler », poursuit-il. Une critique à peine voilée des pratiques internes au parti.

Le cœur de sa déclaration suit. « Samuel Eto’o n’a jamais été un sujet de débat dans une réunion du Directoire National du MRC », affirme-t-il d’abord. Il précise n’avoir « jamais vu une seule délibération » du Directoire concernant l’ancien capitaine des Lions Indomptables.

Cependant, il concède l’essentiel. « La vérité est que certains membres du Directoire National, dont les noms sont clairement identifiés, ont souvent eu à tenir des propos désobligeants à l’encontre de Samuel Eto’o », admet-il. Ces propos, précise-t-il, ont créé « de la confusion » au sein du parti.

Sa conclusion est limpide. Ces dérapages « n’engagent que leurs auteurs et non le Directoire National de mon parti ». Il va plus loin. Il accuse Salomon Beas d’avoir « menti » sur la nature des réunions évoquées.

 Un démenti officiel fragilisé

La déclaration de Binyam Pierre Emmanuel fragilise la position officielle du MRC. Le communiqué de Roger Justin Noah affirmait un démenti « formel » et « catégorique ». Il niait toute réunion du Directoire consacrée à Samuel Eto’o. Il niait tout financement d’influenceurs. Il niait toute campagne de déstabilisation.

Mais Binyam Pierre Emmanuel reconnaît l’existence de propos hostiles. Il confirme que des membres du Directoire, instance dirigeante du parti, ont bien attaqué verbalement Samuel Eto’o. Il ne s’agit plus d’une simple rumeur. C’est un cadre du parti qui parle. Un candidat à sa présidence, qui plus est.

Le MRC avait pourtant tenté d’éteindre l’incendie. Le communiqué officiel rappelait que Salomon Beas n’avait « jamais été membre du Directoire du parti » du temps où il militait encore. Un argument d’autorité. Mais il ne répond pas à la question centrale : des membres du Directoire ont-ils, oui ou non, tenu des propos désobligeants contre Eto’o ? Binyam Pierre Emmanuel répond par l’affirmative.

Eto’o contre-attaque, le MRC riposte

Samuel Eto’o n’a pas tardé à réagir. Il relaie la vidéo de Salomon Beas sur ses réseaux sociaux. Il dénonce une « campagne de destruction » orchestrée contre lui. Dans un message virulent, il fustige des individus qui « détruisent méthodiquement » le Cameroun.

« Ils sont supposés apporter les améliorations nécessaires au quotidien des Camerounais, œuvrer pour leur bien-être et servir l’intérêt général… Mais au lieu de cela, ils nous détruisent, méthodiquement, en bande bien organisée », écrit-il. Il conclut : les Camerounais « méritent mieux ».

La riposte du MRC est immédiate. Mamadou Mota, ancien vice-président du parti, monte au créneau. Dans une tribune acerbe, il traite Samuel Eto’o de « schizophrène politique ». Il dénonce une « manœuvre de diversion » et un « accès de fièvre complotiste ».

Sa formule est cinglante. « Vous voir dénoncer une « bande bien organisée » qui détruirait le Cameroun, c’est un peu comme voir un pyromane présider la commission d’enquête sur les feux de forêt », tance-t-il. Il refuse de servir de « bouc émissaire ». Il pointe les échecs managériaux de la Fecafoot. Les litiges financiers. Les tensions avec les clubs amateurs. Un mode de gestion jugé autoritaire.

L’ombre de 2018

Le différend remonte à l’élection présidentielle de 2018. Samuel Eto’o avait alors publiquement soutenu Paul Biya. Un choix qui passe mal au MRC. Le parti de Maurice Kamto n’a jamais reconnu les résultats du scrutin.

« Son seul péché, c’était d’avoir dit qu’il soutient le président Paul Biya », résume Salomon Beas dans sa vidéo. Il assume ses déclarations : « Je le dis et je l’assume ». Un témoignage qui éclaire l’origine des attaques.

Pourtant, Maurice Kamto lui-même n’a jamais attaqué personnellement Samuel Eto’o. En février 2025, le leader du MRC avait même salué en l’ancien footballeur un « joueur de talent, de génie », une « icône absolue » du football camerounais. Une posture mesurée. Que certains cadres du parti n’ont manifestement pas suivie.

Une crise interne qui couve

L’affaire intervient dans un contexte de turbulences au MRC. Le parti traverse une crise de succession. Maurice Kamto a quitté la présidence. Plusieurs candidats se disputent sa succession. Binyam Pierre Emmanuel est l’un d’eux. Il a officialisé sa candidature le 11 septembre 2026.

Sa déclaration sur l’affaire Eto’o intervient à un moment stratégique. Elle pourrait servir son positionnement. Elle pourrait aussi fragiliser sa campagne. En reconnaissant des propos hostiles au sein du Directoire, il se démarque de la ligne officielle du parti. Il se pose en homme de vérité. Mais il expose les divisions internes.

Roger Justin Noah, l’autre secrétaire général adjoint, avait signé le démenti officiel. Binyam Pierre Emmanuel signe aujourd’hui une version différente. Deux SGA, deux versions. Le MRC donne l’image d’un parti fracturé. Une image que ses adversaires politiques exploiteront sans doute.

Ce que révèle l’affaire

Au-delà des querelles de personnes, l’affaire pose une question de fond. Un parti d’opposition peut-il se permettre de concentrer ses attaques sur une personnalité du football plutôt que sur le pouvoir en place ? C’est la question que pose la déclaration de Binyam Pierre Emmanuel. « Vous parlez de Samuel Eto’o au sein du MRC pour quelle raison ? C’est lui votre programme politique ? »

La question est lancée. Elle reste sans réponse officielle. Le MRC n’a pas commenté les propos de son propre SGA. Ni confirmé, ni infirmé. Le silence, lui, en dit long.

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