Condamnation CIRDI : La facture réelle de l’affaire Piccini-Cameroun atteint 80 milliards FCFA.

Le tribunal arbitral international a tranché. Le Cameroun doit payer. Mais au-delà des 51 milliards annoncés par le gouvernement, les intérêts composés font exploser la note.

La sentence est tombée le 4 septembre 2026. Le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI) condamne l’État camerounais à verser 78,5 millions d’euros au groupe italien Gruppo Piccini. Un verdict sans appel pour expropriation illégale du chantier du stade Olembé.

Pourtant, le gouvernement camerounais minimise. Cyrille Tollo, conseiller technique au ministère des Sports, parle de « 51 milliards FCFA ». Un chiffre qui ne résiste pas à l’analyse juridique.

Un principal qui dépasse les 51 milliards

Le tribunal ne s’est pas contenté d’un simple remboursement. Il a détaillé chaque poste de préjudice. L’investissement net de Piccini s’élève à 51,3 millions d’euros. Cette somme représente l’argent injecté sur le chantier et jamais récupéré.

S’y ajoutent cinq autres chefs de condamnation. Le manque à gagner sur les travaux non réalisés atteint 5,4 millions d’euros. La perte de jouissance des machines bloquées au Cameroun est évaluée à 8,1 millions. La dépréciation des équipements rouillés coûte 7,7 millions. Enfin, les frais engagés après l’expropriation, notamment pour les avocats et la logistique, sont fixés à 6 millions d’euros.

Le total principal s’établit donc à 78,5 millions d’euros. Soit plus de 51,4 milliards FCFA au taux fixe de 655,957 FCFA pour un euro. Un montant déjà colossal. Mais ce n’est que le début.

L’arme fatale des intérêts composés

Le CIRDI a ajouté une clause dévastatrice pour les finances publiques camerounaises. La sentence prévoit des intérêts pré et post-sentence au taux EURIBOR 6 mois majoré de 4%, composés annuellement depuis le 29 novembre 2019.

Avec un EURIBOR 6 mois autour de 2,5% en 2026, le taux d’intérêt effectif grimpe à 6,5% par an. Composé sur sept ans, l’addition devient vertigineuse. Les 78,5 millions d’euros de 2019 se transforment en environ 122 millions d’euros aujourd’hui.

La conversion en monnaie locale donne le tournis. Le Cameroun devra débourser près de 80 milliards FCFA s’il ne paie pas rapidement. Et chaque jour de retard alourdit encore la facture. Après trente jours de notification, les intérêts continuent de courir sans interruption.

Avocats et frais d’arbitrage : la note s’alourdit

Le tribunal a également condamné le Cameroun à rembourser 70% des honoraires de l’avocat de Piccini. Cette somme s’élève à 2 860 394,50 euros, soit près de 1,88 milliard FCFA. Le même taux d’intérêt s’applique à cette somme.

S’ajoutent les frais d’arbitrage du CIRDI. Le Cameroun doit en assumer 70%, soit 157 427,55 dollars. Environ 95 millions FCFA, majorés des mêmes intérêts.

Le calcul final est sans ambiguïté. Principal et frais annexes totalisent 81,36 millions d’euros. Avec sept ans d’intérêts composés, la facture réelle oscille entre 80 et 82 milliards FCFA. Un montant que Cyrille Tollo refuse de détailler.

Une condamnation pour expropriation illégale

Au-delà des chiffres, la décision du CIRDI établit une faute lourde de l’État camerounais. Les points 2, 3 et 4 de la sentence sont sans équivoque. Le tribunal retient une expropriation illégale de l’investissement, une violation du traitement juste et équitable, et un manquement à l’obligation de pleine protection et sécurité.

Ces manquements sont constatés au regard du traité bilatéral d’investissement entre l’Italie et le Cameroun. Il ne s’agit donc pas d’un simple litige commercial. Le CIRDI qualifie juridiquement l’acte de l’État camerounais d’expropriation illégale au sens du droit international des investissements.

L’affaire remonte à novembre 2019. Le ministre des Sports, Narcisse Mouelle Kombi, résilie alors unilatéralement le contrat de Piccini sur instruction du secrétaire général de la Présidence, Ferdinand Ngoh Ngoh. Motifs invoqués : abandon de chantier et défaillance caractérisée. Six ans plus tard, la justice internationale donne tort à Yaoundé.

Le Cameroun a annoncé son intention de contester la sentence. Le gouvernement évoque une décision « surprenante » et dénonce la mise à l’écart de ses propres préjudices. Mais l’État devra composer avec une réalité financière implacable. Chaque jour qui passe rapproche la facture des 82 milliards FCFA.

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