Exercice illégal de la médecine esthétique : l’Ordre des médecins porte plainte contre deux influenceurs

Le président de l’Ordre national des médecins du Cameroun a annoncé, dans une note d’information publiée ce jour, le dépôt de plaintes contre deux personnalités publiques pour pratique illégale d’actes médicaux et esthétiques. Une affaire qui relance le débat sur l’encadrement des soins invasifs et le rôle des influenceurs dans la santé.

L’institution ordinale a saisi les autorités compétentes à l’encontre de M. Kingsly NEMBO, qui se présente comme « Docteur » sans être inscrit au tableau de l’Ordre, et de Mlle Manuella NIMPA, alias « La Croqueuse de Diamants », soupçonnée d’avoir réalisé des injections de Body Filler en dehors du cadre légal. Les enquêtes devront établir les responsabilités.

Cette décision fait écho à une préoccupation récurrente : la prolifération d’interventions esthétiques réalisées par des non-professionnels, souvent promues sur les réseaux sociaux. Un BBL (Brazilian Butt Lift) ou une injection de comblement ne sont pas des soins anodins. Ils comportent des risques thrombotiques, infectieux ou nécrotiques majeurs, rappellent les anesthésistes-réanimateurs.

« L’Ordre ne tolérera pas que la santé des populations soit mise en danger par des praticiens clandestins ou des autoproclamés », insiste la note. L’instance réaffirme son engagement à préserver l’honneur et la crédibilité de la profession médicale, tout en invitant le public à signaler tout exercice illégal.

Au-delà des poursuites judiciaires, cette affaire soulève trois questions. La première est la responsabilité des influenceurs, qui bénéficient d’une audience considérable sans être tenus aux mêmes obligations déontologiques que les médecins. La seconde est la lacune dans la prévention : les autorités sanitaires peinent à informer le grand public sur les dangers des actes réalisés en dehors des structures agréées. La troisième est la nécessité d’un contrôle renforcé des produits et des dispositifs injectables, dont la provenance est souvent opaque.

« Il ne s’agit pas seulement de punir après le drame, mais d’agir en amont », confie un chirurgien plasticien sous couvert d’anonymat. La sensibilisation, la formation du public et la traçabilité des actes sont des axes que les pouvoirs publics doivent explorer avec l’Ordre.

L’appel à signalement lancé par l’Ordre aux praticiens et aux citoyens pourrait marquer un tournant dans la lutte contre l’exercice illégal. Reste à savoir si les moyens d’investigation et les sanctions prévues par la loi dissuaderont les contrevenants.

En attendant, l’affaire Nembo-Nimpa illustre un paradoxe de notre époque : dans une société où l’apparence est devenue un impératif social, la tentation du recours à des praticiens non qualifiés est forte. Mais comme le rappelle l’Ordre, la santé ne saurait être livrée à l’improvisation. Les médecins, eux, sont formés pour soigner, pas pour séduire. Et c’est bien là le cœur du métier.

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