43 ans de prison pour un transistor : l’incroyable calvaire de Fabien Tsafack.

Le détenu le plus âgé de la prison de Dschang pourrait-il enfin retrouver la liberté ? Son avocat, Me Fabien Kengne, a plaidé sa cause ce jour.

Dschang, Cameroun – Il s’appelle Fabien Tsafack. En 1982, il avait 22 ans et était mécanicien-chauffeur à Dschang, dans l’Ouest du Cameroun. Il rêvait de fonder une famille. Ce rêve s’est brisé le 24 novembre 1982, date à laquelle il a été arrêté pour recel aggravé de poste radio. On lui reprochait d’avoir reçu un petit transistor.

Aujourd’hui, 43 ans plus tard, Fabien Tsafack, 64 ans, est toujours détenu à la prison principale de Dschang. Pendant ces quatre décennies, il a perdu ses deux parents, appris la cordonnerie et la fabrication de sacs pour survivre, et vu sa jeunesse s’évanouir derrière les barreaux.

Pendant des années, l’administration pénitentiaire a opposé une fin de non-recevoir : « son dossier est introuvable ». Ce n’est qu’en 2023 que des documents ont refait surface, révélant une condamnation à mort commuée en prison à perpétuité. Selon des sources judiciaires, il aurait été condamné à la peine capitale par fusillade le 25 février 1985 pour crime de vol aggravé, après avoir dérobé, en plus du poste radio, des chaussures, vêtements, ustensiles de cuisine et 36.000 FCFA. Une version qui contraste avec le récit d’un homme incarcéré « sans jugement » pour un simple transistor.

Une vague d’indignation et un dernier espoir

L’affaire a suscité une vive émotion au Cameroun. Le MRC, des ONG et de nombreuses familles se sont indignés, réclamant sa libération et réparation. Me Fabien Kengne, avocat, s’est rendu à la prison pour défendre sa cause. Mais Fabien Tsafack lui-même a adressé une demande de grâce présidentielle au chef de l’État, Paul Biya. Une lettre manuscrite qui a circulé sur la toile.

Pourquoi aucune grâce en 43 ans ?

La question demeure : pourquoi cet homme, détenu le plus ancien de Dschang, n’a-t-il jamais bénéficié d’une grâce ou d’une liberté conditionnelle ? A-t-il jamais été répertorié dans les registres pénitentiaires ? Son cas semble être celui d’un oublié du système judiciaire.

Un symbole de démesure

« Est-ce que la justice doit détruire une vie entière pour ça ? 43 ans. Pour un objet de 1500 FCFA », s’interrogeait récemment un article. Au-delà des zones d’ombre juridiques, le calvaire de Fabien Tsafack interroge sur la proportionnalité de la peine et la capacité de l’État à réexaminer les cas les plus anciens.

Alors que son avocat plaide une fois de plus sa cause, l’espoir d’une libération prochaine repose désormais sur la clémence présidentielle. Pour Fabien Tsafack, c’est peut-être la dernière chance de voir un jour la lumière hors des murs de Dschang.

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