Une séquence de quelques secondes a suffi. Dans la nuit du 7 au 8 septembre 2026, une vidéo a fuité sur les réseaux sociaux. On y voit deux femmes s’embrasser dans un ascenseur à l’arrêt. L’une d’elles est une internationale camerounaise. Elle a été sacrée championne d’Afrique en août dernier au Maroc avec les Lionnes Indomptables.
L’onde de choc est immédiate. Au Cameroun, l’article 347-1 du Code pénal punit les relations sexuelles entre personnes de même sexe de six mois à cinq ans de prison. La vidéo provoque une vague d’indignation nationale.
Réactions : des sanctions réclamées
Les commentaires fusent de toutes parts. Le journaliste sportif Marc Chouamo n’a pas mâché ses mots. Selon lui, cette Lionne « peut dire adieu à la Coupe du Monde Brésil 2027 ».
Le site spécialisé Cfoot a réagi avec ironie : « Oui, on te donne le café ». Le ton est plus grave du côté d’Ayila’Sport. Le média appelle la commission d’éthique de la Fecafoot à se saisir de « ces vidéos qui polluent la toile ». « L’heure est grave », insiste-t-il.
Premier impact : un sponsor suspend sa collaboration
Les conséquences sont déjà tangibles. L’entreprise Ange Hair & Beauty a publié un communiqué. Elle annonce la suspension de sa collaboration avec Ngon Eton, l’une des femmes identifiées dans la vidéo. La marque précise agir « dans l’attente d’une vérification complète des faits ».
Ni la joueuse ni Ngon Eton ne se sont encore exprimées publiquement. Les circonstances exactes de l’enregistrement restent floues.
Un vieux tabou ressurgit
Cette vidéo ravive un débat ancien. L’amalgame entre football féminin et homosexualité a longtemps freiné l’essor de cette discipline au Cameroun. De nombreux parents ont détourné leurs filles du ballon rond, nourris par ce cliché tenace.
Un important travail de sensibilisation avait été mené pour déconstruire cette idée reçue. En 2021, l’icône du football féminin Ajara Nchout Njoya déclarait sur Afrique Football Média : « Les gens doivent arrêter de croire que parce que tu joues au football, tu es lesbienne ». Une campagne qui semblait porter ses fruits. Jusqu’à aujourd’hui.
Justice à deux vitesses ?
L’affaire soulève une question plus large. Comment lutter efficacement contre des pratiques interdites quand la justice ne s’applique pas à tous ? Certaines personnes sont condamnées pour homosexualité au Cameroun. D’autres, surprises dans des situations similaires, restent libres, protégées par de hauts réseaux.
Il y a quatre ans, des vidéos intimes impliquant une autre grande figure du football féminin camerounais avaient circulé massivement. Non seulement elle n’a jamais été inquiétée par la justice. Elle a même été promue à de hautes responsabilités dans le football national.
Le journaliste Nana Paul Sabin l’a rappelé avec force : « Mon cher Marc Chouamo, dans un pays gouverné par la loi du plus fort, cette Lionne ne manquera pas la prochaine Coupe du monde si elle bénéficie de la protection des puissants ».
Une polémique qui dépasse le sport
Cette vidéo interroge la place de la vie privée des athlètes. Une convocation en sélection repose normalement sur des critères sportifs et disciplinaires. Rien ne justifie, à ce stade, une exclusion.
La Fecafoot et les autorités compétentes n’ont pas encore communiqué officiellement. Mais une certitude demeure. Tant que cette justice sélective persistera, la lutte contre des pratiques interdites par la loi camerounaise restera sans effet.


