Budget 2027 : le Cameroun face au défi de l’efficacité des investissements publics

Le ministre des Finances, Louis Paul Motaze, a officiellement lancé le 28 juillet 2026 à Yaoundé le processus d’élaboration du budget de l’État pour l’exercice 2027. Dans un contexte marqué par des marges de manœuvre budgétaires de plus en plus réduites, le gouvernement entend changer de méthode : privilégier l’achèvement des projets en cours et la fonctionnalité des ouvrages pour que chaque franc investi produise un effet tangible sur la croissance et les conditions de vie des populations.

Des finances publiques sous tension

Le constat dressé par le ministère des Finances est sans appel. Au premier trimestre 2026, le taux de réalisation des recettes n’a atteint que 61 % de l’objectif fixé. Sur la même période, les dépenses budgétaires se sont élevées à 1 547,1 milliards de FCFA, dépassant les recettes de 215,7 milliards. Cette situation s’explique par une faible mobilisation des recettes non pétrolières et un rendement insuffisant des émissions de titres publics.

À cela s’ajoute le poids croissant des subventions aux produits pétroliers. Malgré la hausse des cours mondiaux, le gouvernement a choisi de maintenir les prix à la pompe pour préserver le pouvoir d’achat des ménages. Une décision socialement nécessaire mais lourde de conséquences pour les finances publiques : l’enveloppe consacrée à ces subventions devrait atteindre 340 milliards de FCFA en 2027. « Les premières évaluations que nous avons faites tournent autour de 250 à 350 milliards de FCFA. Et le plus grave, c’est qu’on ne sait même pas jusqu’à quand tout cela va s’arrêter », a confié Louis Paul Motaze.

Résultat : le déficit budgétaire global est remonté à 1 % du PIB en 2025, un niveau supérieur à l’objectif révisé de 0,8 %. « Une telle situation appelle à une maîtrise de la dépense publique, afin de garantir la viabilité de la dette et l’équilibre général de nos finances publiques », a prévenu le ministre.

Une économie résiliente mais exposée aux risques

Sur le plan macroéconomique, le Cameroun affiche une résilience certaine. La croissance est estimée à 3,4 % en 2025 et projetée à 3,5 % en 2026, grâce notamment au programme avec le Fonds monétaire international (FMI). Selon les prévisions du FMI, la croissance devrait atteindre 3,7 % en 2027.

Cependant, les nuages s’accumulent à l’horizon. La volatilité des marchés mondiaux, les conflits au Moyen-Orient perturbant les chaînes d’approvisionnement, les tensions commerciales et le resserrement des conditions financières internationales assombrissent les perspectives. Le FMI note par ailleurs un affaiblissement de la position extérieure du Cameroun en 2025, avec un déficit courant attendu à 3,9 % du PIB.

Sur le plan intérieur, la chute des appuis budgétaires, la faible productivité des entreprises et les retards de paiement de l’État rendent « hypothétique la possibilité de captation de ressources additionnelles en 2027 », selon le ministre.

Des priorités claires pour un budget réaliste

Face à ces contraintes, le gouvernement fixe le cap autour de plusieurs axes prioritaires.

Maîtrise des dépenses et optimisation des recettes : l’élargissement de l’assiette fiscale, l’amélioration de l’administration fiscale et douanière, et un meilleur ciblage de la dépense publique sont au cœur de la stratégie. Le gouvernement table sur une augmentation de 2,6 % des recettes totales en 2027, pour atteindre 5 652,2 milliards de FCFA. La croissance des recettes non pétrolières, attendue à 5 181,8 milliards, doit compenser la chute de 35,6 % des recettes pétrolières.

Relance de la production locale : l’intensification du Plan intégré d’import substitution agropastoral et halieutique vise à réduire le déficit commercial et renforcer la sécurité alimentaire.

Redressement du secteur énergétique : l’État entend restaurer l’équilibre financier des entreprises publiques, avec un accent particulier sur le plan de redressement de la SONARA. La réhabilitation de la raffinerie de Limbé, estimée à près de 300 milliards de FCFA, est un chantier majeur pour la souveraineté énergétique du pays.

Poursuite des grands chantiers : malgré les contraintes, l’État compte maintenir ses engagements sur la reconstruction des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, les projets portuaires, routiers et autoroutiers, ainsi que l’extension de la couverture sanitaire universelle.

L’état de service des investissements publics au cœur des préoccupations

Le thème retenu pour le séminaire de préparation du budget – « Le budget du Cameroun face aux défis du renforcement de l’état de service des investissements publics » – n’est pas anodin. Le ministre a déploré que les investissements passés n’aient pas toujours produit les effets multiplicateurs attendus en raison des retards, de la détérioration rapide des ouvrages et du manque d’entretien. « Le budget 2027 devrait viser la pleine fonctionnalité des ouvrages à réaliser afin d’induire une croissance économique plus forte », a-t-il insisté.

Pour soutenir ces ambitions, un nouveau programme économique et financier avec le FMI est en cours de négociation. Objectif : capter d’importants appuis budgétaires pour financer le budget d’investissement public.

En clair, Louis Paul Motaze a appelé les administrations à « opérer un choix judicieux des actions à mener ». L’enjeu pour 2027 est de faire plus avec moins, et de garantir que chaque franc investi se traduise en croissance concrète et en amélioration du quotidien des Camerounais.

Notons que la cérémonie de lancement de cet atelier de deux jours s’est tenue en présence de plusieurs membres du gouvernement et de la présidente de la Commission des Finances de l’Assemblée nationale.

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