Dix lauréats, 549 candidatures. Le chiffre fait mal quand on le regarde dans l’autre sens. Plus de 500 dossiers sont restés sur le côté. Lundi 12 octobre 2026, GreenSprings Digital University, à Mfou, a accueilli la première promotion de la Bourse Académique d’Innovation (BAI). La SNK Foundation, qui porte le projet, parle d’un « premier pas ». Mais derrière la vitrine, des zones d’ombre persistent.
Une cérémonie, deux récits
Sur scène, le Président Fondateur Steven Nbienou Kouadjo. Son épouse, Muriel, porte le message. Deux artistes, Krys M et Moustik le Karismatik, assurent l’ambiance. Les autorités sont là. Et dix jeunes bacheliers scientifiques reçoivent leur sésame. Parmi eux, Ahmadou Ahidjo, venu de Ngaoundéré avec 16/20 au baccalauréat. Son témoignage a ému la salle.
Le montant annoncé : 50 millions FCFA. Soit 5 millions par étudiant. Scolarité, hébergement, ordinateur portable, santé, allocation mensuelle. La prise en charge se veut totale.
Pourtant, le lendemain, une réunion du Conseil d’Administration se tient au siège. Objet : valider les documents de gestion et préparer le budget 2027. Présents : le Président Fondateur, deux administrateurs non nommés, et la Directrice exécutive. Slogan du jour : « Bien gouverner aujourd’hui, c’est mieux préparer l’impact de demain ».
Le calendrier interpelle. On annonce 50 millions le 12. On valide la gestion le 13. En bonne gouvernance, la chronologie pose question.
549 candidatures, 10 places
L’appel à candidatures avait été lancé en juillet 2026. Conditions : être Camerounais ou résident régulier, titulaire d’un Baccalauréat scientifique 2026 (ou 2025 sans poursuite d’études), issu d’un milieu modeste, avec mention Bien, Très Bien ou Excellent. Cinq étapes de sélection : étude des dossiers, concours national, entretien devant un jury indépendant, délibération, validation finale.
549 dossiers déposés. Dix retenus. Le ratio donne le vertige. La SNK Foundation parle d’excellence. Les recalés, eux, attendent toujours une explication.
Une fondation, des ambitions
La SNK Foundation a été créée à l’initiative de Steven Nbienou Kouadjo, entrepreneur camerounais. Son siège a été inauguré à Yaoundé en février 2025. La structure se présente comme un acteur de la philanthropie moderne. Objectif affiché : transformer les défis sociaux en opportunités.
La BAI s’inscrit dans la « SNK Innovation Academy », axe 1 du « Pentagone SNK ». Les filières visées : intelligence artificielle, cybersécurité, data science, génie logiciel, cloud computing, robotique, IoT. Le partenariat académique est assuré par GreenSprings Digital University Institute, à Mfou. AECO Education Pathways doit ouvrir des perspectives de mobilité et de stages.
Un projet d’université sur 10 hectares à Esse, dans la région du Centre, est également annoncé.
Le flou de la gouvernance
Une fondation qui annonce un tel programme peut-elle tenir son Conseil d’Administration avec deux administrateurs ? La question est posée par KOACI. Quel est le quorum statutaire ? Où sont les autres membres ? Quelle est l’indépendance de ces deux administrateurs face au couple fondateur qui occupe tout l’espace médiatique ?
Le schéma classique de la fondation familiale se dessine. Le fondateur préside le CA qui est censé le contrôler. Il exécute le budget. Il valide lui-même son exécution. L’épouse assure la communication officielle. La Directrice exécutive exécute. Où est le contre-pouvoir ? Où est le regard externe ?
Ce que disent les chiffres
50 millions FCFA sur cinq ans. 5 millions par étudiant. Dix lauréats. 549 candidatures. Une première promotion. Un partenariat avec une université privée en pleine croissance. Un projet d’université à Esse.
Les chiffres racontent une ambition. Ils racontent aussi une sélection drastique. Et une gouvernance qui reste, pour l’instant, opaque.
La SNK Foundation promet de « bien gouverner ». La première promotion de la BAI est là. La suite dépendra de la capacité de la fondation à transformer ses promesses en actes vérifiables.