Eko Roosevelt, le maître incontesté du Makossa Disco-Funky.

Figure tutélaire de la musique camerounaise, Eko Roosevelt incarne l’âge d’or d’une fusion musicale audacieuse. Si l’on devait désigner un chef de file du courant Makossa Disco-Funky, son nom s’imposerait naturellement. Pianiste, chanteur, arrangeur et chef d’orchestre, il a insufflé au rythme traditionnel camerounais des sonorités funk, disco, soul et jazz, révolutionnant un genre et conquérant une reconnaissance internationale.

Le Makossa : une alchimie de rythmes

Pour comprendre l’apport d’Eko Roosevelt, il faut saisir la nature syncrétique du makossa. Ce genre musical est le fruit d’un métissage entre des rythmes endogènes comme le bolobo, l’essewé ou l’assiko, et des influences extérieures telles que la rumba congolaise, le merengue ou le high-life. Dès la fin des années 1960, le makossa s’enrichit de sonorités funk, notamment dans l’arrangement des cuivres, le jeu de basse et les rythmes de batterie. C’est dans ce creuset qu’émerge la variante disco-funky, dont Eko Roosevelt deviendra le principal architecte.

Un parcours d’exception

Né Louis Roosevelt Eko le 13 novembre 1946 à Kribi, au sud du Cameroun, il est le fils d’un pasteur américain de l’Église presbytérienne et d’une mère camerounaise, fille du chef Batanga. Élève au lycée technique de Douala, il se produit dès son adolescence lors de bals scolaires. Son premier cachet, en 1963, lors du mariage de William Eteki Mboumoua, aux côtés d’un certain Manu Dibango, lui rapporte 70 000 francs CFA, une somme équivalant à son salaire mensuel de l’époque.

Sa formation musicale est tout aussi exceptionnelle. Après un passage à l’École des Arts de Dakar (1968-1970), il rejoint Paris où il suit les cours de l’École Normale de Musique (1970-1973) puis du Conservatoire de Gentilly (1973-1975). C’est dans la capitale française qu’il fonde, avec Vicky Edimo et Sammy Massamba, le groupe Dikalo, un projet afro-funk qui lui ouvre les portes des festivals. Parallèlement, il accompagne de grandes figures de la variété française comme Johnny Hallyday, Claude François ou Nino Ferrer.

L’ascension d’un maître

En 1975, la sortie de son premier 45 tours, Mbemba’A Munyengue / Nalandi – dont le titre signifie « Je pars » ou « Je m’en vais » – marque un tournant. Le succès est fulgurant : le disque est certifié disque d’or. Cette même année paraît son premier album, Nalandi, qui mêle déjà makossa, funk et soul.

De 1976 à 1981, Eko Roosevelt crée son propre label, Eko Music, et publie neuf albums. Parmi eux, Kilimandjaro My Home (1977) et surtout Funky Disco Music (1978), dont le titre éponyme reste l’un de ses plus grands succès. Ce dernier opus, véritable joyau de l’afro-disco, est aujourd’hui considéré comme un trésor rare et prisé des collectionneurs.

Un héritage multiple

Au-delà de sa carrière solo, Eko Roosevelt a marqué la musique africaine en tant qu’arrangeur et directeur artistique pour le label Safari Ambiance. Il a ainsi propulsé des artistes comme Toto Guillaume, Marthe Zambo, Aïcha Koné, ou encore la regrettée M’Pongo Love.

Reconnu pour son excellence, il est nommé directeur de l’Orchestre National du Cameroun en 1979. Depuis 1992, il transmet son savoir en tant que professeur de musique à la faculté des Arts et Lettres de Douala. Élevé au rang de Chevalier, puis Officier et Commandeur de l’Ordre de la Valeur, il est également chef du village Batanga de Lobé, près des célèbres chutes.

Avec une carrière de plus de cinq décennies, Eko Roosevelt demeure une figure emblématique, dont l’influence dépasse les frontières du Cameroun. Son histoire est aujourd’hui retracée dans l’ouvrage Les Icônes de la musique Camerounaise, témoignage de son statut de légende vivante.

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