Un an après la pose de la première pierre, le complexe pharmaceutique de Meyo entre dans sa phase décisive. Les premières livraisons sont attendues dans les prochains mois.
Un chantier sorti de terre en un temps record
Ce 3 octobre 2025, Joseph Dion Ngute, Premier ministre camerounais, posait la première pierre du complexe Yicheng à Meyo, dans l’arrondissement de Yaoundé 4. Un an plus tard, le site affiche un taux d’avancement de près de 60 % pour sa première phase, évaluée à 30 milliards de FCFA.
Le 3 mars 2026, Idriss Confiance Mbé, promoteur du projet et PDG de Yicheng Pharmaceutical Group, a accueilli plus de 30 ingénieurs chinois venus superviser les travaux de finition. Leur mission : installer les équipements industriels et préparer la mise en service progressive des lignes de production. Le dirigeant camerounais leur a fixé un objectif clair : achever leur mission en trois mois.
Une réponse à une dépendance structurelle
Le projet intervient dans un contexte critique. Le Cameroun importe plus de 90 % des médicaments qu’il consomme. La production locale ne couvre qu’environ 5 % des besoins nationaux. Cette dépendance s’est aggravée ces dernières années : les achats de produits pharmaceutiques à l’étranger sont passés de 69,5 milliards de FCFA en 2010 à près de 170 milliards en 2024.
Par ailleurs, une proportion inquiétante de médicaments circulant sur le marché camerounais provient de circuits illicites. Selon la Commission économique pour l’Afrique, près de 40 % des produits courants relèvent de la contrebande ou de chaînes d’approvisionnement frauduleuses. L’usine de Meyo ambitionne précisément de tarir ce fléau en proposant une alternative locale, fiable et traçable.
Une capacité industrielle à l’échelle sous-régionale
Les chiffres communiqués par les porteurs du projet donnent la mesure de l’ambition. À terme, le complexe doit produire annuellement 100 millions de flacons, 2 milliards d’ampoules injectables et 10 milliards de comprimés. La gamme couvrira 100 références de médicaments et dispositifs médicaux sous six formes galéniques.
Les lignes de production cibleront en priorité les antipaludiques, les antibiotiques, les antalgiques et les anti-inflammatoires. Des capacités sont également prévues pour les traitements des programmes prioritaires : VIH, tuberculose, diabète et hypertension. Cette production sera destinée au marché national, mais aussi à l’exportation dans l’espace CEMAC.
Un financement sans recours bancaire
Détail notable dans un contexte de contraintes budgétaires : la première phase, financée à hauteur de 10 milliards de FCFA, a été réalisée « sans recours à l’endettement bancaire ». L’investissement global du complexe est évalué à 530 milliards de FCFA, porté par une joint-venture détenue à 51 % par des intérêts camerounais et 49 % par des partenaires chinois.
Le calendrier prévoit une montée en puissance progressive. La mise en service des premières lignes est annoncée pour janvier 2027. La deuxième phase (2027-2029) comprendra la construction d’un hôpital de référence, avec un investissement de 250 milliards de FCFA. Enfin, la troisième phase (2031-2035) sera consacrée à l’expansion sous-régionale, au développement d’un réseau de pharmacies et à la création d’un centre de recherche et développement.
Des retombées économiques et sociales attendues
Le projet devrait générer 1 000 emplois directs et 3 000 emplois indirects, selon les prévisions officielles. Des partenariats université-industrie sont également prévus pour former la relève scientifique camerounaise.
Sur le plan macroéconomique, l’usine contribuera à réduire le déficit de la balance commerciale, creusé en partie par les importations massives de médicaments. La conformité aux standards internationaux — BPF, ISO 9001 et ISO 13485 — est présentée comme une priorité pour garantir l’efficacité et la sécurité des produits.
Un projet intégrateur pour la CEMAC
Au-delà du Cameroun, c’est toute la sous-région qui est concernée. L’Afrique centrale importe plus de 90 % de ses médicaments. La pandémie de COVID-19 a rappelé avec brutalité la dangerosité de cette dépendance. Le complexe de Meyo se positionne comme une réponse structurelle à cette vulnérabilité.
Pour Idriss Confiance Mbé, l’enjeu dépasse le cadre industriel. « Ce complexe pharmaceutique appartient avant tout aux Camerounais et doit être considéré comme un héritage pour les générations futures », a-t-il déclaré lors d’une réunion de travail avec les équipes du chantier. Le dirigeant conduit d’ailleurs des projets similaires dans d’autres pays d’Afrique centrale, selon nos informations.
Le défi reste considérable. La Stratégie nationale de développement de l’industrie pharmaceutique locale vise à porter la part de la production nationale de 5 % à 25 % d’ici 2030. L’usine de Meyo constitue la pièce maîtresse de cette ambition. Reste à transformer l’essai industriel en succès durable. Les premiers comprimés, attendus dans les prochains mois, diront si la promesse de souveraineté sanitaire tiendra ses engagements.