EVALUATION DES EFFETS SOCIO-ECONOMIQUES DU CORONAVIRUS (COVID-19) AU CAMEROUN –
Phase 1.
Relevé des conclusions et recommandations
Principaux résultats de l’enquête d’opinion réalisée auprès des ménages et des entreprises du 27 avril au 10 mai 2020.
Réalisée avec le concours de l’INS et la Mission Des Nations Unis au Cameroun.
Résumé
L’objectif de cette note d’orientation est d’informer le Gouvernement, les partenaires au
développement, les opérateurs économiques et la population sur les effets socioéconomiques de la
pandémie du coronavirus (COVID-19) au Cameroun. Ainsi sur la base des résultats d’une enquête
d’évaluation menée auprès des entreprises et des ménages sur la période du 27 avril au 10 mai 2020, il ressort que la population est suffisamment informée de l’existence de la COVID-19, a connaissance des mesures prises et adhère à l’application des mesures barrières. En outre, on relève un impact négatif sur les activités des entreprises, ainsi que sur le mode et le niveau de vie des populations. Cette situation se traduit notamment par la recrudescence du chômage et la baisse généralisée des revenus des ménages.
Face à ces conséquences, aussi bien les entreprises que la population ont adopté des mesures de résilience et proposent des solutions immédiates pour faire face à cette pandémie. Aussi, des politiques de moyen et long terme sont formulées à l’endroit des décideurs pour améliorer la relance et le dynamise de l’activité après la pandémie.
1. CONTEXTE – JUSTIFICATION ET OBJECTIFS DE L’ETUDE
La pandémie de la COVID-19 qui a commencé en Chine en décembre 2019, s’est progressivement
répandue dans d’autres pays du monde et a atteint le Cameroun en mars 2020. La riposte à la pandémie a commencé avec l’adoption d’une liste de 20 mesures restrictives rendues publiques par le Premier Ministre, Chef du Gouvernement, sur instructions du Chef de l’Etat.La propagation du coronavirus et l’application de ces mesures ont conduit à un ralentissement généralisé des activités économiques et financières se traduisant par une baisse de la demande extérieure, une diminution de la demande intérieure et une rupture des chaînes d’approvisionnement avec des conséquences sur l’offre nationale.
Dans le souci de finaliser les mesures de ripostes prioritaires, urgentes et adéquates pour accompagner efficacement les entreprises et les ménages pendant cette période difficile, le Gouvernement à travers le Ministère de l’Economie, de la Planification et de l’Aménagement du Territoire (MINEPAT) et le Ministère des Finances (MINFI) a mandaté l’Institut National de la Statistique (INS) de réaliser une enquête rapide sur l’impact socioéconomique du coronavirus sur ces agents. L’opération a bénéficié de l’appui du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) et avait pour objectifs :
• d’apprécier les principaux canaux de transmission des impacts économiques et sociaux de la
pandémie sur les entreprises et les ménages;
• d’identifier les branches d’activités les plus affectées et mettre en relief les conséquences immédiates sur celles-ci
• d’apprécier l’incidence immédiate de la crise de la COVID-19 sur les emplois, le marché du travail et
les conditions de vie des populations, y compris les réfugiés;
• d’identifier les couches des populations les plus affectées par la crise de la COVID-19.
2. MÉTHODOLOGIES UTILISEES
Grâce à des techniques statistiques appropriées permettant d’obtenir des résultats représentatifs aussi bien pour les entreprises que pour la population active (occupée ou au chômage), un échantillon portant sur les entreprises et un autre portant sur la population a été tiré pour répondre aux objectifs de l’enquête. L’enquête a connu la participation de 770 entreprises, soit 9,5% de grandes entreprises (GE), 56,2% de Petites et Moyennes Entreprises (PME moderne) et 34,3% d’Unités de Production Informelles (UPI). Parmi ces entreprises, 74,6% sont du secteur tertiaire, 20,0% du secteur secondaire et 5,4% du secteur primaire. Pour les 1 130 personnes issues de la population, 1 208 sont des actifs occupés et 102 sont des
chômeurs ou à la recherche d’un emploi.La collecte électronique des données a eu lieu du 27 avril au 10 mai 2020. Les entreprises et personnes interviewées étaient disséminées sur l’ensemble du territoire national. Afin de respecter les mesures de distanciation sociale prescrites par le Gouvernement, les interviews se sont réalisées à distance à travers des appels téléphoniques ou par auto administration du questionnaire par internet.
3. PRINCIPAUX RRÉSULTATS
3.1. VOLET ENTREPRISES
Un impact négatif de la COVID-19 sur les activités des entreprises avec des risques d’arrêt.La quasi-totalité des chefs d’entreprise ont connaissance de l’existence de la COVID-19. Parmi ces derniers, neuf chefs d’entreprises sur dix (93%) estiment que les activités de leurs unités de production sont négativement impactées. Cette proportion est relativement homogène quel que soit la taille des entreprises (GE, PME, ou UPI), et aussi bien pour les entreprises du secteur formel que celles du secteur informel. Parmi ces entreprises négativement touchées, 14% du secteur informel et 18% des PME sont en situation d’arrêt temporaire ou définitif. Toutefois, une analyse par branche d’activité permet de relever que 25% des promoteurs du secteur de la santé déclarent un effet positif. En outre, les entreprises les plus
affectées se retrouvent dans l’éducation, la sylviculture, l’hébergement et la restauration.
La baisse de la demande intérieure, les difficultés d’approvisionnement, d’écoulement des produits et de financement extérieur sont les canaux de transmission des effets de la COVID-19 sur l’activité des entreprises.
La quasi-totalité des chefs d’entreprise (95%) estiment connaitre une baisse de la demande intérieure et 76% déplorent une baisse de leur approvisionnement intérieure. Les difficultés d’approvisionnement de l’extérieur sont indiquées par 60% des grandes entreprises tandis que la baisse de la demande extérieure est un problème pour 50% d’entre elles. Du point de vue des branches d’activités, les entreprises les plus
touchées par ce dernier canal sont celles de la sylviculture, la santé et les industries manufacturières.
Au total, 90% d’entreprises éprouvent des difficultés à écouler leur production. Parmi celles-ci, la baisse
de la clientèle interne est relevée par 84% des chefs d’entreprise. Pour les grandes entreprises, la baisse de l’activité est soulignée 62% des chefs d’entreprise et 30% mettent en relief la fermeture des frontières.
S’agissant des difficultés liées au financement extérieur, 70% d’entreprises impactées négativement par laCOVID-19 l’ont mentionné.La transmission des effets entraine la baisse de la production, du chiffre d’affaires et des effectifs.
Globalement, 81% des chefs d’entreprises ont déclaré connaître une baisse de leur production. La baisse est plus prononcée pour les entreprises du secteur formel que pour celles du secteur informel. En termes d’incidence, près de la moitié des entreprises affectées négativement précise avoir enregistré une baisse de plus de 50% de leur production. Cette situation est presque similaire aussi bien qu’on soit dans le secteur formel, qu’informel. Seules les branches télécommunications et industries manufacturières
enregistrent des baisses moins prononcées.
Le chiffre d’affaires s’est inscrit à la baisse pour 96% d’entreprises. Parmi ces dernières, près de la moitié relève une baisse de plus de 50% de leur chiffre d’affaires. En ce qui concerne les grandes entreprises38% souligne enregistrer une baisse d’au moins 50% de leur chiffre d’affaires.
En ce qui concerne l’emploi, il ressort que dans l’ensemble, 55% d’entreprises ont revu les effectifs
employés à la baisse. Cette baisse concerne 59% des PME du secteur moderne et est plus prononcée dans les branches éducation (92%), hébergement (hôtellerie) et restauration (71%), extraction (76%) et sylviculture (73%).
Cette pandémie a également eu des effets sur les prix à la production des entreprises impactées
négativement, la baisse des prix est enregistrée pour 40% d’entreprises, alors que la hausse est soulignée par seulement 14% des chefs entreprises. Il convient de relever que les branches concernées par la hausse des prix de production sont celles de l’hébergement et restauration, la construction, des autres industries manufacturières et des industries alimentaires. Réduction des heures de travail, des salaires et autres comme mesure de résilience économique.
Pour faire face aux effets de la pandémie, dans leur grande majorité les entreprises ont dû recourir : (i) à la réduction des heures de travail (62%) ; (ii) à emprunter/puiser dans leur épargne (61%) (iii) au report des investissements envisagées (57%) ; (iv) à l’annulation des commandes des fournisseurs (50%) ; (v) la mise en chômage technique de certains employés (44%) et (vi) à la réduction des salaires (44%).La levée souhaitée de certaines contraintes pour permettre à l’entreprise de fonctionner.Il ressort que 53% de chefs d’entreprises préconisent la levée des mesures de restriction sur les activitéséconomiques. Les UPI (59%) et les PME (44%) souhaitent la levée de la restriction des activités sur les bars, restauration et transport alors grandes entreprises (33%) souhaitent la levée de la restriction sur la fermeture des frontières.Des amendements à la politique fiscale et l’aide comme mesures pour relancer l’activité économique.
En ce qui concerne les mesures relatives à la relance de l’économie, les chefs d’entreprises mettent en relief la nécessité : (i) de revoir la politique fiscale (40% des entreprises), soit en suspendant la collecte de
l’impôt pendant cette période, le non-paiement de certains impôts, soit en apportant des subventions à certaines activités jugées sinistrées ; (ii) de leur accorder des aides financières (28%).
3.2. VOLET MÉNAGES
Une population ayant connaissance de l’existence de la COVID-19, tout en étant inquiète, mais
satisfaite des mesures prises….
La quasi-totalité des personnes enquêtées ont déjà entendu parler de la COVID-19. Parmi ceux-ci, 78% en sont inquiets. La proportion la moins élevée est enregistrée au Sud-Ouest, soit 59%. S’agissant des
mesures de riposte prises par le Gouvernement, 75% des personnes enquêtées et ayant entendu parler de la COVID-19 ont connaissance des mesures de riposte prises, malgré des efforts à fournir à l’Ouest, au Sud et en milieu rural. Les personnes se sentent concernées voire très concernées (93%) par le respect de
ces mesures. Sept personnes sur dix (73%) sont globalement satisfaites des mesures prises. Toutefois, l’Ouest avec 55% enregistre le niveau le plus bas contre 92% à l’Extrême-Nord pour le niveau le plus élevé. Il convient également de relever que la population des réfugiés est également bien au fait des informations sur la pandémie ainsi des mesures mise en œuvre par le Gouvernement, mesures auxquelles ils accordent également un grand respect (près de 100%)…dont notamment celles relatives aux mesures barrières contre le coronavirus.
Le lavage et/ou désinfection des mains (97%) et le port obligatoire du masque dans lieux publics et
transports publics (97%) sont parmi les mesures prises, celles recueillant le plus l’assentiment des
personnes. Au bas de l’échelle, l’on retrouve la restriction des horaires certaines activités telles que la fermeture à 18h 00 des débits de boisson (82%) et la fermeture des établissements scolaires/universitaires(82%). Un faible niveau de dépistage déclaré couplé à une faible prévalence déclarée.Une proportion de 3,5% de personnes enquêtées ayant connaissance de la COVID-19 déclare avoir
effectué le test de dépistage de la maladie. Les personnes du secteur public et celles qui ne sont ni pauvres ni riches sont celles ayant relativement le plus effectuées le test. Par ailleurs, 0,7% de ces personnes déclarent être infectées contre 4,3% déclarant connaitre un membre de la famille/proche atteint du coronavirus. En définitive, les personnes de Douala, de Yaoundé et de la région de l’Ouest sont les plus concernées. En outre, 5,8% des personnes interrogées déclarent connaitre un membre de la famille/un proche ayant effectué un test de dépistage. L’enquête relève également que 65% des personnes déclarent ne pas vouloir collaborer dans l’immédiat avec quelqu’un ayant été atteint et guérie de la COVID-19.
Des effets perceptibles de la pandémie sur le mode de vie de la population avec un impact négatif
certain sur le niveau de vie de la population.
Un peu plus de la moitié des personnes (56%) estime que la pandémie, à travers le respect des mesures édictées, leur a fait changer leur mode de vie. Pour 74% des personnes, elle est la cause de la baisse ou du ralentissement de l’activité (baisse de la clientèle/la production). Comme conséquence de la baisse de l’activité, 65% des personnes déclarent la baisse de salaire/revenu. Sur un autre plan, la pandémie a entrainé la dégradation du niveau de vie de 60% de personnes. Cette dégradation est plus accentuée chez les très pauvres (79%), au Nord-Ouest (78%), au Sud-Ouest (77%) et à Douala (72%). En outre, 82% des personnes se plaignent de la hausse des prix. Dans l’ensemble, 43% de la population éprouve des difficultés à accéder aux produits alimentaires/services de restauration et 40% au service de transport en commun.
La population adopte les mesures barrières comme résilience sociale…La population à 99%, suggère l’adoption de la désinfection/lavage régulier des mains à l’eau et au savon, à 93% l’acquisition et le port du masque de protection et à 73% la restriction/limite des sorties en restant plus souvent à la maison comme les principales mesures à titre de précaution (résilience sociale)…et suggère des mesures d’aide pour les plus pauvres.Aider les plus pauvres soit en leur distribuant des produits de nettoyage et de désinfection des mains (97%), soit en leur distribuant des masques/cache-nez (94%) ; mettre à la disposition de la population des produits alimentaires de première nécessité à moindre coût (89%) ainsi que baisser les prix du pétrole et
des carburants pendant la période de restrictions (81%) sont les principales suggestions émises par les personnes enquêtées.
4. CONCLUSION
L’enquête a permis de ressortir les effets négatifs de la pandémie aussi bien au niveau des entreprises que sur la population. Elle a en outre mis en exergue la résilience sociale et économique des populations et des entreprises qui a permis de contenir les effets attendus de la pandémie de la COVID-19.
Un autre important enseignement de cette étude est la force du marché intérieur. En effet, le principal
canal de transmission de la COVID-19 au niveau des entreprises a été la demande intérieure qui se situe comme le véritable moteur de la croissance économique. De même, malgré cette contraction de la demande intérieure, le contrôle des prix et l’approvisionnement ont limité l’inflation. Enfin, les effets sur la main d’œuvre de la COVID-19 sont assez préoccupants et il y’a un risque de fortes pertes d’emplois si le Gouvernement n’agit pas vite en apportant des solutions adaptées au cas par cas.
5. RECOMMANDATIONS
Suivant les résultats du volet sur les entreprises, nous formulons à l’endroit du Gouvernement, les
recommandations suivantes :
Atténuer les effets sur la trésorerie des entreprises par l’apurement du stock des crédits de TVA ;
La poursuite de l’apurement de la dette intérieure ; l’annulation et/ou l’accord de moratoires pour
le paiement de certains impôts ; la facilitation de l’accès au crédit à travers la garantie de l’Etat.
Participer à la relance de la demande intérieure par : la priorisation des entreprises locales pour
ce qui est de la commande publique, l’intensification de la promotion du patriotisme économique.
Atténuer les effets sur les coûts de production en : assurant un contrôle permanent des prix sur les
marchés ; mettant en place un mécanisme de veille pour garantir l’approvisionnement suffisant du
marché intérieur en biens intermédiaires ;
Atténuer l’effet sur les réductions d’employés par des subventions et aides financières aux
entreprises, notamment les PME et les entreprises des secteurs à forte intensité de main d’œuvre.
Les résultats du volet ménage permettent de suggérer, à l’endroit du Gouvernement, les
recommandations suivantes :
# Dans l’immédiat ;
* Poursuivre la mise en place des mesures barrières les plus importantes en vue d’empêcher la propagation du virus ;
* Intensifier les opérations de dépistage systématique et de campagnes de désinfection des lieux publics ;
* Sensibiliser la population à la non stigmatisation des personnes atteintes de la COVID-19 ;
* Maintenir et améliorer le système d’éducation à distance pour les enfants ;
* Garantir un approvisionnement suffisant produits alimentaires via les activités de la MIRAP.
# A moyen terme ;
* Développer les outils de travail et d’apprentissage à distance.
* Poursuivre la mise en œuvre du Projet « Filets Sociaux ».